À l’Institut du Monde Arabe, Valette Studio a choisi un décor presque brut pour dévoiler sa collection automne-hiver 2026-2027 pendant la Paris Fashion Week Men de janvier 2026. Les Nouveaux Romantiques : un titre qui évoque immédiatement les années 80, leurs silhouettes affûtées, leurs maquillages assumés, leur goût du drame. Mais chez Pierre-François Valette, il ne s’agit pas de rejouer le passé. Il s’agit plutôt de dialoguer avec lui, avec une forme de nostalgie très contemporaine.
Dans le sous-sol du bâtiment, les colonnes massives de pierre encadrent l’espace. La lumière est basse, presque feutrée. On ressent quelque chose d’intime, de dense. Le contraste est fort entre ce cadre minéral et l’idée même de romantisme. Et c’est précisément dans cette tension que la collection prend sens. On comprend vite qu’il ne sera pas question de simple hommage, mais d’une réflexion plus sensible sur notre époque.
Pierre-François Valette évoque une mélancolie actuelle, celle d’un monde où l’image semble parfois prendre le dessus sur la création. Cette idée traverse le défilé sans jamais être appuyée. Elle se devine dans l’attitude des mannequins, dans la manière dont les vêtements occupent l’espace, dans cette énergie à la fois fragile et déterminée.
La musique amplifie cette sensation. Des percussions rock, presque indomptées, résonnent sous les voûtes. Puis un violon s’invite, apportant une vibration plus émotionnelle, presque dramatique. Les silhouettes avancent au rythme de cette bande-son intense. On ne regarde pas seulement les vêtements : on les ressent.
Un romantisme qui ne s’excuse pas
Les premières silhouettes installent immédiatement l’allure. Un trench en denim à chevrons porté avec un jean skinny dessine une ligne nette, élancée. Puis une robe courte crème, structurée par un col de chemise et des froufrous qui soulignent la taille et la poitrine, impose une féminité affirmée. Rien de fragile ici. Le romantisme version Valette Studio a du caractère.
Le cuir noir apporte une tension supplémentaire, surtout lorsqu’il est associé aux chaussures issues de la collaboration avec Christian Louboutin. L’ensemble dégage une aura plus nocturne, presque rock. Les mannequins avancent avec assurance, sans surjeu. Il y a de la théâtralité, oui, mais maîtrisée.
Une robe entièrement couverte de froufrous attire particulièrement l’attention. Elle semble presque lourde au premier regard. Pourtant, à chaque pas, elle rebondit légèrement. La matière, visuellement proche d’un ballon de baudruche, capte la lumière et crée un mouvement inattendu. Ce détail change tout : le romantisme n’est pas figé, il vit, il respire.
Bowie en filigrane, l’émotion en héritage
Certaines pièces frappent plus directement. Deux jupes blanches laissent apparaître un visage maquillé, décliné en aquarelle bleue ou orange. Réalisés par les Teintures de France, ces portraits évoquent les maquillages iconiques de David Bowie, figure centrale des Nouveaux Romantiques. La référence est évidente, mais jamais appuyée. Elle flotte, comme un souvenir.
Sur certains mannequins, un éclat argenté est posé au coin des yeux. Un détail simple, mais chargé d’histoire. Là encore, il ne s’agit pas de reproduire une époque. Pierre-François Valette en retient l’audace, le goût pour la mise en scène de soi, cette liberté d’être multiple.
Lorsque le créateur traverse la salle pour saluer, les applaudissements sont sincères, nourris. Dans cet espace aux colonnes massives, l’émotion reste suspendue quelques secondes. Avec Les Nouveaux Romantiques, Valette Studio ne se contente pas de regarder en arrière. Il pose une question plus large : comment continuer à créer avec intensité, dans un monde saturé d’images ? Et c’est peut-être là que réside la véritable modernité de cette collection.
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