• Joséphine Baker, le musical : un vibrant hommage à une icône engagée

    Le théâtre Bobino célèbre les 50 ans de la disparition de Joséphine Baker avec un musical haut en couleurs. Porté par douze artistes et mis en scène par Jean-Pierre Hadida, ce spectacle retrace avec intensité la vie exceptionnelle de la chanteuse, militante et résistante, de son enfance dans le Missouri à son combat pour les droits civiques.

    Avez-vous déjà rêvé de connaître l’histoire de Joséphine Baker ? Artiste flamboyante, militante infatigable, femme libre et mère de cœur, elle a traversé le XXᵉ siècle avec une force et une audace rares. Cinquante ans après sa disparition, le théâtre Bobino lui rend hommage à travers un musical ambitieux porté par une troupe de douze artistes. Jean-Pierre Hadida signe la scénographie et les musiques, épaulé par Brian Bouillon Baker, l’un des fils adoptifs de la star.

    « Rien n’arrêtait Joséphine Baker. Telle la lumière qui se diffuse dans un prisme, elle nous a inspiré une succession de tableaux hauts en couleurs, des musiques originales dansées qui retracent son siècle d’ombres et de lumière », explique le metteur en scène.

    Un récit complet et émouvant de la vie de Joséphine Baker

    Le spectacle retrace toutes les facettes de cette femme hors du commun. Le récit débute lors de son mariage forcé à 13 ans dans le Missouri, événement déclencheur de son désir d’émancipation. Son arrivée à Paris marque un tournant : elle devient l’une des danseuses les plus convoitées de la capitale, avant de s’engager dans la Résistance puis aux côtés de Martin Luther King contre la ségrégation.

    Le musical évoque également ses amours – de Jean Gabin à Willie Baker en passant par Pépito – ainsi que sa « tribu arc-en-ciel », ses enfants adoptés aux quatre coins du monde. Succès, combats, blessures, triomphes et derniers instants sur scène : rien n’est oublié.

    Une troupe talentueuse et une énergie musicale irrésistible

    Shaina Pronzola et Anaïs Hubert incarnent en alternance la grande Joséphine Baker. Elles sont entourées d’Eline Gallard, Céleste Hauser, Ruben Norguet, Nicolas Toussaint, Joseph de Cange, Delador, Anna Sourice, Thomas Mathieu, Axel Prioton-Alcala, Naomi Jean Romain et Justine Catala.

    Pendant plus d’une heure trente, les tableaux s’enchaînent avec fluidité, portés par des musiques originales inspirées du gospel, du jazz, du blues, du ragtime ou encore de la bossa nova. L’ensemble transmet une palette d’émotions riche, de la joie la plus éclatante à la colère la plus profonde.

    Plus qu’une simple biographie musicale, Joséphine Baker, le musical est un véritable manifeste. Il rappelle l’importance des combats de cette femme visionnaire et l’héritage qu’elle a laissé : celui d’une artiste libre, d’une militante courageuse et d’une figure universelle de tolérance.

    Le spectacle est à découvrir au Théâtre Bobino jusqu’au 26 avril 2026, offrant au public une occasion unique de célébrer la mémoire et la modernité de cette icône intemporelle.

  • Potiche au Théâtre Libre : une version modernisée portée par Clémentine Célarié

    La comédie culte de Barillet et Grédy revient sur scène dans une mise en scène rafraîchissante signée Charles Templon. Avec Clémentine Célarié dans le rôle mythique de Suzanne Pujol, cette nouvelle adaptation de Potiche séduit par son énergie, son humour et un casting parfaitement accordé.

    Potiche fait partie de ces œuvres devenues incontournables. Mais comme tout classique, elle nécessite parfois un renouveau. C’est précisément ce que propose Charles Templon avec cette nouvelle version. Après Jacqueline Maillan et Catherine Deneuve, c’est désormais Clémentine Célarié qui reprend le rôle emblématique de Suzanne Pujol, cette femme au foyer dévouée à son mari, PDG d’une entreprise florissante de parapluies.

    Derrière l’image d’une famille soudée, une crise majeure éclate : Monsieur Pujol (Philippe Uchan) doit faire face à une grève sans précédent. Autoritaire et inflexible, il refuse de céder aux revendications de ses salariés. Lorsque la situation dégénère, Suzanne se retrouve contrainte de reprendre les rênes de l’entreprise, aidée par Nadège (Hugo Bardin), la secrétaire et maîtresse de son mari, ainsi que par un ancien amour. Les rebondissements s’enchaînent, révélant une Suzanne plus forte et déterminée qu’on ne l’imagine.

    Un casting irrésistible et une mise en scène pleine de couleurs

    Écrite en 1980 par Barillet et Grédy puis adaptée au cinéma par François Ozon en 2010, la pièce n’a pas pris une ride. Cette nouvelle version la rend même plus actuelle que jamais. Charles Templon, épaulé par Félix Beaupérin, réussit le pari de moderniser l’ensemble tout en respectant l’esprit original.

    Le casting contribue largement à cette réussite. Clémentine Célarié brille dans ce rôle taillé pour elle, et la complicité avec les autres comédiens renforce l’efficacité comique. Philippe Uchan parvient à rendre presque attachant ce patron tyrannique, tandis que Jérôme Pouly campe un député-maire savoureux. Les enfants, interprétés par Benjamin Siksou et Alexie Ribes, apportent une belle énergie à l’ensemble.

    La grande révélation reste Hugo Bardin, connu du grand public sous le nom de Paloma, première gagnante de Drag Race France. Dans le rôle de la secrétaire excentrique, il offre une performance pétillante et irrésistible.

    La mise en scène, centrée dans le salon de Suzanne Pujol, est un véritable écrin : couleurs vives, décor chaleureux, costumes soignés et lumières parfaitement maîtrisées. Tout concourt à créer un univers cohérent, drôle et visuellement séduisant

    Une version réjouissante à découvrir au Théâtre Libre

    Entre un casting inspiré, une mise en scène dynamique et une histoire toujours aussi savoureuse, cette nouvelle adaptation de Potiche est une belle réussite. Le public parisien peut (re)découvrir cette comédie culte jusqu’au 10 avril au Théâtre Libre, dans le 10ᵉ arrondissement.

    Cette version modernisée réussit à conserver l’esprit pétillant de la pièce originale tout en lui offrant une fraîcheur bienvenue. On ressort du théâtre avec le sourire, porté par l’énergie des comédiens et la finesse de la mise en scène. Une proposition réjouissante, accessible à tous, qui rappelle à quel point Potiche demeure une œuvre intemporelle, drôle et étonnamment actuelle.

  • Bilan de la Fashion Week Haute Couture janvier 2026 : créations, manifestes et polémiques
    Teyana Taylor au défilé Schiaparelli

    La Fashion Week Haute Couture de janvier 2026, qui s’est tenue du 26 au 29 janvier à Paris, a une nouvelle fois démontré que la couture est bien plus qu’un simple exercice de style. Entre premières très attendues, défilés-manifestes et débats autour de l’intelligence artificielle, retour sur une semaine qui a fait vibrer la sphère mode.

    Chanel Haute Couture : la première de Matthieu Blazy

    Tout d’abord, commençons par les petits nouveaux de cette Fashion Week Haute Couture. Pour la première fois, Matthieu Blazy présentait la collection haute couture de la maison Chanel. Pour l’occasion, les invités étaient plongés dans un univers féerique et onirique. Champignons et oiseaux étaient au programme, et pas seulement dans le décor du show.

    Pour cette grande première, Matthieu Blazy a manifestement réussi à convaincre le public avec une collection mêlant des détails naturels à des silhouettes féminines, parfois en tailleurs. Bref, on adore cette hétérogénéité maîtrisée.

    Évidemment, comme pour chaque défilé couture, tous les regards étaient tournés vers la mariée, incarnée par Bhavitha Mandava, déjà aperçue dans les couloirs du métro new-yorkais lors de la présentation de la collection Cruise de la maison. Cette silhouette n’est pas passée inaperçue puisqu’il ne s’agissait pas d’une robe, mais d’un tailleur. Le designer a ainsi décidé de réinventer les codes de la maison à sa manière en proposant un tailleur blanc composé d’une jupe crayon, orné de sequins représentant des oiseaux.

    Jonathan Anderson : une entrée remarquée dans la couture

    De son côté, Jonathan Anderson présentait sa toute première collection haute couture, après le succès de ses collections prêt-à-porter homme et femme. Sous le regard attentif de son prédécesseur John Galliano, le directeur artistique a fait forte impression avec une collection inspirée de l’œuvre de Magdalene Odundo, avec qui il collabore également pour une collection exceptionnelle de Lady Dior.

    Le créateur a opté pour des silhouettes structurées, tout en conservant une certaine transparence et beaucoup de légèreté, sans oublier une palette de couleurs affirmée.

    Viktor & Rolf : la couture comme manifeste artistique

    La maison Viktor & Rolf a elle aussi beaucoup fait parler. En effet, les deux créateurs ont décidé de transformer leur défilé en véritable manifeste artistique. Intitulé Diamond Kite, ce show n’avait pas vocation à être simplement regardé.

    Trente-deux looks ont été dévoilés, tous sobres et de couleur sombre, à un détail près : une seule partie était colorée. Les créateurs ont choisi de retirer cette pièce colorée à chaque mannequin pour l’ajouter, en temps réel, à une silhouette blanche et vierge suspendue au bout du podium. Lors du passage du dernier look, les designers ont ainsi révélé une œuvre complète, point culminant du défilé, portée dans les airs et évoquant la forme d’un cerf-volant.

    Alessandro Michele et le regard du spectateur

    Alessandro Michele a lui aussi décidé de transformer son défilé haute couture en véritable spectacle. Pour l’occasion, les invités observaient chaque silhouette à travers une toute petite fenêtre.

    Les mannequins, présentant une collection inspirée de l’âge d’or hollywoodien, défilaient devant les yeux des invités, collés à leur fenêtre. Une sorte de réinvention du peep-show, qui interroge peut-être l’impact du regard du spectateur sur les collections des créateurs et sur la mode en général.

    Alexis Mabille et l’IA : le défilé qui divise

    Évidemment, impossible de ne pas aborder les sujets qui fâchent. L’un des défilés les plus commentés de cette Fashion Week Haute Couture est celui d’Alexis Mabille. Quelques minutes avant le début du show, les photographes présents ont été invités à sortir, une première.

    Les invités ont alors assisté à l’arrivée des mannequins sur écran. Aucun mannequin réel n’était physiquement présent, tout comme les robes. La raison ? La collection n’existe pas encore matériellement et a été entièrement conçue grâce à l’intelligence artificielle.

    Selon le créateur, cette méthode permettra aux clientes de visualiser les pièces sur un mannequin IA aux mensurations identiques aux leurs, offrant ainsi une meilleure projection lors de l’achat. Alexis Mabille précise toutefois avoir travaillé pendant de longs mois sur cette collection, en collaboration étroite avec les équipes de Gloria, en charge de la conceptualisation, et avec ses petites mains. Certaines silhouettes auraient nécessité plus de 300 essais.

    « L’idée était de prendre l’IA à contre-courant, pour montrer que l’humain demeure nécessaire derrière. Sans nos idées, sans les mains des techniciens, il ne se passe finalement pas grand-chose, si ce n’est des choses dégénératives », explique-t-il.

    Cependant, la Fédération de la Haute Couture et de la Mode ne semble pas partager cette vision. Comme vous le savez, figurer au calendrier officiel de la haute couture implique de nombreux critères, dont la présentation de véritables silhouettes physiques.

  • Rahul Mishra Haute Couture Printemps‑Été 2026 : un jardin céleste entre artisanat extrême et poésie végétale

    Au Palais de Tokyo, Rahul Mishra a dévoilé sa collection haute couture printemps‑été 2026, une célébration spectaculaire du vivant. Entre broderies en 3D, silhouettes‑sculptures et palette inspirée des éléments, le créateur indien signe un défilé où l’artisanat atteint une dimension presque cosmique, transformant chaque modèle en créature d’un jardin céleste.

    Au cœur du Palais de Tokyo, Rahul Mishra a présenté sa collection printemps‑été 2026 lors de la première journée de la Fashion Week haute couture. Les invités avaient rendez‑vous ce lundi 26 janvier pour découvrir toutes les silhouettes imaginées par le directeur artistique. Une ode aux quatre éléments, mettant en avant un artisanat poussé à l’extrême, ainsi qu’une dimension spirituelle et un imaginaire végétal foisonnant. Chaque silhouette raconte une histoire, et les modèles qui les portent incarnent des créatures issues d’un jardin céleste, presque rêvé par le couturier.

    Des silhouettes‑sculptures entre faune, flore et architecture textile

    Parlons d’abord des sculptures que deviennent ici les silhouettes — et il y a beaucoup à dire. Le regard se porte immédiatement sur le travail spectaculaire des volumes et des textures. Même si cela fait désormais partie de sa signature, il faut reconnaître que, de saison en saison, Rahul Mishra parvient encore à surprendre. Cette fois, on remarque particulièrement les robes‑sculptures : certaines sont ornées de fleurs en 3D, d’autres bordées de coraux ou de feuillages déployés. On découvre aussi des silhouettes aériennes, dont les tissus semblent flotter autour du corps, comme retenus sur terre uniquement par le modèle qui les porte. Avec leurs formes de spirales, de pétales ou d’ailes, ces architectures évoquent autant la faune que la flore, manifestement un thème central de cette collection. Le tout est sublimé par un jeu de transparence qui laisse deviner la peau sans jamais trop en dévoiler, comme pour préserver une dimension sacrée du corps. Une fois de plus, Rahul Mishra montre son attachement profond à l’art, traitant sa collection comme une œuvre à part entière, entre délicatesse organique et complexité technique.

    Couleurs solaires et matières aériennes : la nature comme langage couture

    Pour enrichir son propos, le couturier puise sa palette de couleurs et de matières dans le vivant : des jaunes solaires et des ors rappelant l’astre qui éclaire et permet la floraison ; des bleus profonds, symboles du ciel et de l’océan ; des verts luxuriants évoquant la présence végétale ; et enfin des touches de rose, de violet et de blanc pour souligner la dimension florale. Ces couleurs se déploient sur des matières aériennes mais architecturales, comme le tulle, l’organza, la soie, les perles ou les sequins. Les silhouettes dialoguent avec la lumière, révélant leurs reliefs et toute la richesse de leurs détails.

    Cette collection haute couture printemps‑été 2026 est un véritable manifeste pour Rahul Mishra : celui d’imposer l’artisanat et le savoir‑faire indien tout en explorant, presque de manière surréaliste, le lien entre microcosme et macrocosme. Le corps devient un organisme vivant, rendant hommage à la planète de la plus belle des manières. Rahul Mishra reste fidèle à lui‑même : un créateur‑poète qui nous livre une histoire singulière à travers chaque pièce.

  • Patou automne‑hiver 2026‑2027 : Guillaume Henry signe une collection lumineuse malgré la grisaille

    Au Palais de Tokyo, Guillaume Henry a dévoilé pour Patou une collection automne‑hiver 2026‑2027 vibrante et poétique. Entre silhouettes modulables, couleurs éclatantes et matières contrastées, le directeur artistique imagine une femme moderne, libre et joyeuse, qui traverse l’hiver avec élégance et optimisme.

    Comme pour chaque collection, Guillaume Henry nous emmène dans son univers pour la maison Patou. Ce dimanche 25 janvier, au cœur du Palais de Tokyo, le directeur artistique a dévoilé les silhouettes imaginées pour sa collection automne‑hiver 2026‑2027. Alors qu’une pluie battante s’abat sur la capitale, les nombreux invités VIP se succèdent pour découvrir comment la femme de 2026 oscille entre le jour et la nuit, entre la working girl affirmée et la party girl. Une versatilité modulable qui joue sur les contrastes tout en restant parfaitement cohérente.

    Des silhouettes entre confort, sophistication et espièglerie

    De nombreuses silhouettes défilent sur le podium, mettant en avant une élégance décontractée et une féminité assumée. Guillaume Henry imagine une femme Patou qui combine confort, sophistication et, bien sûr, une pointe d’espièglerie. Pour cela, il choisit des jupes longues à volants aux motifs tartan, associées à un pull écru ou à une chemise vert émeraude. Côté robes, on retrouve de la maille gaufrée agrémentée de patchworks colorés, avec une coupe moulante et un col montant. Pour adoucir cette rigueur, le directeur artistique dessine de nombreux manteaux oversized rose bonbon, rappelant les sixties, mais toujours douillets — saison hivernale oblige. Et pour accessoiriser les silhouettes, quoi de mieux que des bottes hautes en vinyle ? La touche de sensualité assumée que recherche la femme Patou.

    Couleurs vibrantes et matières contrastées : l’ADN Patou revisité

    La palette de couleurs est choisie avec minutie afin de faire ressortir le romantisme moderne et le pragmatisme chic de la collection. Outre le rose bonbon des manteaux, Guillaume Henry utilise des roses vibrants, des verts profonds et des oranges veloutés pour illuminer l’ensemble. Oui, c’est l’hiver, mais la couleur ne doit pas disparaître de nos garde‑robes. Côté matières, la collection joue sur les contrastes, comme le montre le moodboard : patchworks, velours, dentelle, soie, maille gaufrée ou encore vinyle brillant dialoguent pour créer une richesse visuelle et tactile.

    En bref, la femme Patou selon Guillaume Henry s’affirme dans un éclectisme maîtrisé, à la fois poétique et optimiste. Cette collection automne‑hiver refuse de se laisser atteindre par le ciel gris : elle veut montrer que chacun peut être joyeux, libre et élégant, peu importe la manière — car ce sont les détails qui comptent.

  • SSSTEIN Automne/Hiver 2026-2027 : une masculinité architecturale et protectrice

    Présentée lors de la Paris Fashion Week, la collection Automne/Hiver 2026-2027 de SSSTEIN explore une vision contemporaine de la masculinité. Entre rigueur, modularité et protection, la maison propose un vestiaire sculptural où volumes, matières et couleurs dessinent un tailoring hybride, à la fois minimaliste et utilitaire.

    La pureté des lignes, la superposition maîtrisée et une palette froide : voilà les trois principales caractéristiques de la collection automne/hiver 2026-2027. La maison dévoile des silhouettes masculines très structurelles, dans lesquelles les vêtements deviennent des objets modulaires, capables de s’adapter aux variations du temps et de la vie de celui qui les porte. Finalement, la collection SSSTEIN apparaît comme une protection destinée à accompagner l’homme face aux aléas du quotidien. La maison propose ainsi un vestiaire dont la vision de la masculinité s’éloigne de toute idée de spectaculaire. Place à la force tranquille. Même si les silhouettes sont imposantes, elles ne sont jamais agressives. Les matières sont robustes, oui, mais raffinées. Même les couleurs restent sobres tout en étant profondes. L’ensemble crée une atmosphère dans laquelle l’homme SSSTEIN semble maîtriser non seulement lui-même, mais presque aussi l’environnement qui l’entoure. La collection traduit une certaine résilience et une structure assumée.

    Un tailoring protecteur et maîtrisé

    Pour cette saison, SSSTEIN a décidé de jouer sur les volumes. D’abord grâce aux coupes oversize : épaules élargies, manteaux longs et structurés qui contrastent avec des pièces plus proches du corps, permettant une alternance entre ampleur et précision. On retrouve également des chemises allongées, des pantalons fluides associés à des bottes massives. La construction des silhouettes crée ainsi du relief. On remarque aussi la présence de fermetures apparentes, de poches multiples — parfois démesurées —, de capuches intégrées et de coupes asymétriques. SSSTEIN propose un vestiaire hybride qui réinvente un tailoring à la fois minimaliste et utilitaire. Visuellement, la collection offre une dynamique parfaitement maîtrisée.

    Des volumes architecturés pour une silhouette résiliente

    Du côté de la palette chromatique, peu de surprises. S’il y a une nouvelle interprétation du tailoring, le directeur artistique a choisi de jouer avec l’imaginaire traditionnel de la saison automne/hiver. On retrouve des gris minéraux, du clair au graphite, mais aussi des noirs profonds et même des beiges froids tirant vers le sable. Quelques touches de bleu acier viennent néanmoins relever l’ensemble. Ces couleurs rappellent évidemment les matières brutes des éléments dans lesquels l’homme évolue : béton, métal, pierre.

    La collection SSSTEIN s’inscrit donc pleinement dans l’air du temps et accompagne la mode masculine qui cherche à concilier protection, élégance et modernité au sein d’un vestiaire fonctionnel et intellectuel.

  • Walter Van Beirendonck Automne-Hiver 2026/2027 : jeunesse et fantaisie à la Fashion Week Homme de Paris

    Lors de la Fashion Week Homme de Paris, Walter Van Beirendonck a présenté sa collection automne-hiver 2026/2027, « Scare the Crow / Scarecrow », où l’imaginaire et la politique se rencontrent. À travers des silhouettes flamboyantes et modulables, le créateur belge explore la jeunesse contemporaine, entre vulnérabilité et affirmation de soi, et démontre que le vêtement peut être à la fois ludique, protecteur et expressif.

    Il n’y a pas de doute : Walter Van Beirendonck voit la vie en couleur, même en automne ou en hiver. Lors de la présentation de sa collection 2026/2027, le fondateur et directeur artistique de la maison a montré comment envisager l’hiver sans grise mine. Intitulé « Scare the Crow / Scarecrow », ce défilé se déploie comme une métaphore d’un vestiaire où imaginaire et politique se croisent. Walter Van Beirendonck présente ce défilé comme une réflexion sur la jeunesse et l’identité.

    Une dualité fascinante

    L’art du layering est une nouvelle fois mis à l’honneur lors de ce défilé haut en couleur. Walter Van Beirendonck souhaitait absolument que formes ludiques et références rugueuses cohabitent. Dans cette collection, on retrouve des pièces évoquant des armures, comme les blousons ou certaines structures enveloppantes. Ces éléments se mêlent harmonieusement à des motifs militaires et à des références au vestiaire enfantin, visibles dans les sacs, les imprimés ou encore les fleurs en 3D. Chaque silhouette reste transformable et modulable, jouant avec les codes : certains éléments apportent une légère agressivité, tandis que d’autres insufflent de la tendresse. La palette, bien que parfois froide — un rappel de l’hiver — ne limite pas l’expressivité de la collection. Walter Van Beirendonck veut un vestiaire flamboyant et coloré, où accessoires, motifs et détails ponctuels introduisent des couleurs saturées. C’est cette dualité entre rigueur et fantaisie qui permet au directeur artistique de pousser sa réflexion et de donner toute sa profondeur à la collection.

    L’épouvantail, symbole de la jeunesse contemporaine

    Cette réflexion que Walter Van Beirendonck développe prend corps à travers l’image de l’épouvantail (scarecrow). Cette figure, incarnée par les silhouettes, représente une créature imparfaite, assemblée à partir de multiples fragments, tentant de s’intégrer dans la société humaine. Pour le créateur, elle symbolise le défi de la jeunesse contemporaine : vulnérable, mais revendiquant sa place, se construisant une armure tout en affirmant son identité. En somme, ce nouveau vestiaire explore comment un vêtement aussi expressif que ludique peut protéger, révéler, confronter et questionner, tout en restant profondément poétique.

  • KIDILL Automne-Hiver 2026/2027 : Retour de l’esprit punk à la Fashion Week Homme de Paris 

    La Fashion Week Homme de Paris s’ouvrait ce mardi 20 janvier 2026. L’occasion pour la maison KIDILL de présenter sa collection automne-hiver 2026/2027. Non loin de la Tour Eiffel, Hiroaki Sueyasu, fondateur et directeur artistique, a livré sa vision d’un chaos structuré où les esthétiques cohabitent grâce à la poésie.

    L’esprit punk serait-il déjà de retour ? À en croire la collection automne-hiver 2026/2027 de KIDILL, il semblerait que oui. Ce mardi 20 janvier, Hiroaki Sueyasu a de nouveau surpris les invités avec des silhouettes intenses qui ne lésinent pas sur le layering. À la tête de la maison depuis 2014, le créateur ne cesse d’affirmer sa vision d’une mode singulière, empruntant certains codes japonais qu’il réinterprète avec sensibilité. Il en résulte un chaos structuré qui marie les esthétiques avec une approche résolument contemporaine. C’est rude, mais réfléchi. C’est fragile, mais affirmé.

    Entre contraste et confrontation

    À première vue, ce qui frappe le plus dans les silhouettes, c’est ce dialogue constant entre matières et volumes. On retrouve des références militaires — blousons, coupes utilitaires — enrichies de touches plus délicates. Parfois, il s’agit de tulle ou de matières plus fragiles qui viennent troubler la rigidité initiale. Cette ambiguïté assumée évolue au fil de la collection. Certaines pièces semblent empruntées au vestiaire sportswear, mais se mêlent à des codes plus romantiques et à des touches colorées. Rien de tranché cependant : le mariage est maîtrisé. Le directeur artistique ne cherche pas l’harmonie lisse, mais plutôt la coexistence de deux éléments opposés capables de se compléter.

    La réinterprétation des codes

    Côté palette chromatique, on est loin des couleurs flashy aperçues lors de la précédente collection ou proposées par d’autres maisons cette saison. Hiroaki Sueyasu privilégie des tons fumés : kaki, gris, noir dominent. Quelques motifs et des touches de rouge apparaissent, mais sans jamais rompre l’équilibre. La tension ne passe pas par la couleur, mais par les matières et les superpositions. C’est sans doute ce qui rend l’ensemble si cohérent. Le créateur tente d’insuffler de la poésie dans le chaos qu’il met en scène, et cela transparaît dans plusieurs silhouettes. Il ne se revendique pas ouvertement punk : il en prélève certains codes pour mieux les transformer. Il les réinterprète avec la poésie et la sensibilité artistique qu’on lui connaît. Finalement, KIDILL résiste à l’évidence et refuse toute lecture trop littérale. La marque s’impose une fois encore comme un espace de tension maîtrisée, où le désordre devient langage esthétique.

  • À l’Institut du Monde Arabe, Valette Studio a choisi un décor presque brut pour dévoiler sa collection automne-hiver 2026-2027 pendant la Paris Fashion Week Men de janvier 2026. Les Nouveaux Romantiques : un titre qui évoque immédiatement les années 80, leurs silhouettes affûtées, leurs maquillages assumés, leur goût du drame. Mais chez Pierre-François Valette, il ne s’agit pas de rejouer le passé. Il s’agit plutôt de dialoguer avec lui, avec une forme de nostalgie très contemporaine.

    Dans le sous-sol du bâtiment, les colonnes massives de pierre encadrent l’espace. La lumière est basse, presque feutrée. On ressent quelque chose d’intime, de dense. Le contraste est fort entre ce cadre minéral et l’idée même de romantisme. Et c’est précisément dans cette tension que la collection prend sens. On comprend vite qu’il ne sera pas question de simple hommage, mais d’une réflexion plus sensible sur notre époque.

    Pierre-François Valette évoque une mélancolie actuelle, celle d’un monde où l’image semble parfois prendre le dessus sur la création. Cette idée traverse le défilé sans jamais être appuyée. Elle se devine dans l’attitude des mannequins, dans la manière dont les vêtements occupent l’espace, dans cette énergie à la fois fragile et déterminée.

    La musique amplifie cette sensation. Des percussions rock, presque indomptées, résonnent sous les voûtes. Puis un violon s’invite, apportant une vibration plus émotionnelle, presque dramatique. Les silhouettes avancent au rythme de cette bande-son intense. On ne regarde pas seulement les vêtements : on les ressent.

    Un romantisme qui ne s’excuse pas

    Les premières silhouettes installent immédiatement l’allure. Un trench en denim à chevrons porté avec un jean skinny dessine une ligne nette, élancée. Puis une robe courte crème, structurée par un col de chemise et des froufrous qui soulignent la taille et la poitrine, impose une féminité affirmée. Rien de fragile ici. Le romantisme version Valette Studio a du caractère.

    Le cuir noir apporte une tension supplémentaire, surtout lorsqu’il est associé aux chaussures issues de la collaboration avec Christian Louboutin. L’ensemble dégage une aura plus nocturne, presque rock. Les mannequins avancent avec assurance, sans surjeu. Il y a de la théâtralité, oui, mais maîtrisée.

    Une robe entièrement couverte de froufrous attire particulièrement l’attention. Elle semble presque lourde au premier regard. Pourtant, à chaque pas, elle rebondit légèrement. La matière, visuellement proche d’un ballon de baudruche, capte la lumière et crée un mouvement inattendu. Ce détail change tout : le romantisme n’est pas figé, il vit, il respire.

    Bowie en filigrane, l’émotion en héritage

    Certaines pièces frappent plus directement. Deux jupes blanches laissent apparaître un visage maquillé, décliné en aquarelle bleue ou orange. Réalisés par les Teintures de France, ces portraits évoquent les maquillages iconiques de David Bowie, figure centrale des Nouveaux Romantiques. La référence est évidente, mais jamais appuyée. Elle flotte, comme un souvenir.

    Sur certains mannequins, un éclat argenté est posé au coin des yeux. Un détail simple, mais chargé d’histoire. Là encore, il ne s’agit pas de reproduire une époque. Pierre-François Valette en retient l’audace, le goût pour la mise en scène de soi, cette liberté d’être multiple.

    Lorsque le créateur traverse la salle pour saluer, les applaudissements sont sincères, nourris. Dans cet espace aux colonnes massives, l’émotion reste suspendue quelques secondes. Avec Les Nouveaux Romantiques, Valette Studio ne se contente pas de regarder en arrière. Il pose une question plus large : comment continuer à créer avec intensité, dans un monde saturé d’images ? Et c’est peut-être là que réside la véritable modernité de cette collection.

  • En ouvrant la Fashion Week homme de Paris pour l’automne-hiver 2026-2027, Jeanne Friot n’a pas simplement coché une case dans un calendrier officiel. Elle a pris la parole. Au Théâtre du Rond-Point, sa collection AWAKE s’est déployée comme une expérience sensible, presque physique, où la mode se mêle à la danse et à l’engagement. Un moment dense, vibrant, qui a donné le ton dès les premières minutes.

    Il faut dire que la créatrice avance avec assurance depuis sa Jeanne d’Arc 2.0 aperçue lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024. Cette image a marqué les esprits. Depuis, son public s’est élargi, fidélisé, soudé autour d’un vestiaire et de valeurs claires. L’inviter à inaugurer la semaine masculine parisienne n’a rien d’anodin : c’est la reconnaissance d’une voix devenue incontournable.

    Au Théâtre du Rond-Point, tout commence dans le noir. Les fauteuils rouges disparaissent presque sous la pénombre. Puis des projecteurs puissants s’allument — et ce ne sont pas les silhouettes qui sont d’abord éclairées, mais le public. La musique, chargée de basses, traverse la salle. On ne regarde pas seulement un défilé, on le ressent. On est pris dedans.

    Très vite, la scène s’anime. Vingt-trois danseur·euses du Ballet de Lorraine rejoignent les mannequins sur une chorégraphie signée Maud Le Pladec. Les corps s’entrelacent, s’opposent, se soutiennent. Les passages ne sont pas linéaires : ils respirent, accélèrent, s’intensifient. Jeanne Friot ne se contente pas de montrer des vêtements, elle questionne la manière même de les présenter. Le podium devient plateau, le défilé devient performance.

    Un vestiaire assumé, sans détour

    Côté silhouettes, pas de virage radical. Et c’est précisément ce qui fait la force du propos. Jeanne Friot creuse son sillon. Le tartan revient en puissance, les corsets structurent les tailles, les jupes et les robes dialoguent avec de larges bottes composées à partir de ceintures en cuir. Un jean brodé de plumes violettes capte la lumière. On reconnaît immédiatement son écriture.

    Les sangles et boucles métalliques, devenues signatures, découpent les lignes et affirment les volumes. Un tailleur en tweed noir à veste courte impose une allure nette. Une robe cocktail en tartan constellé de sequins argentés, rouges et violets joue avec la brillance. Plus loin, un long manteau en simili-cuir noir porté sur un body et des cuissardes métallisées dessine une silhouette conquérante. Un tailleur pied-de-poule aux épaules larges, associé à un micro-short, détourne les codes du pouvoir avec aplomb.

    La créatrice poursuit également son travail à partir de matières issues de stocks dormants. Rien n’est décoratif chez elle. Chaque pièce s’inscrit dans une continuité, dans une cohérence. Elle ne cherche pas à surprendre à tout prix : elle affirme, elle consolide. Son vestiaire parle déjà fort.

    AWAKE : aimer, lutter, ne pas détourner le regard

    Le titre AWAKE résonne comme un appel. Se réveiller. Ne plus rester passif. Sur scène, des tee-shirts affichent des messages clairs : « Revolution » ou « It’s Never Too Late to Fight Fascism ». Les projecteurs, braqués vers la salle, rappellent que ces mots ne sont pas abstraits. Ils visent celles et ceux qui regardent.

    Dans un contexte politique international tendu, Jeanne Friot assume un positionnement frontal. Ses modèles et ses danseur·euses ne sont pas seulement là pour incarner une esthétique : ils portent des revendications, notamment en faveur des communautés LGBTQIAP+. L’engagement n’est pas un décor, il structure le défilé.

    Parmi les moments les plus marquants, deux femmes en tailleurs amples — l’un noir, l’autre blanc — avancent l’une vers l’autre. Elles se fixent, se rapprochent, puis s’embrassent longuement. Autour d’elles, la chorégraphie continue de monter en intensité. En final, deux mariées se tiennent face à face et scellent leur union sous les regards. La salle se lève. L’émotion est réelle, presque palpable.

    En inaugurant la PFW Men de janvier 2026, Jeanne Friot a fait plus qu’ouvrir une semaine de défilés. Elle a posé une intention. Celle d’une mode qui ne se cache pas, qui embrasse, qui revendique. Une mode qui choisit, simplement, de rester éveillée.