Editø Magazine

L’essence du luxe et de la culture 

  • Rami Al Ali, ou la couture comme langage de l’équilibre


    Avec Fragments in Harmony, Rami Al Ali signe une collection couture printemps-été 2026 à contre-courant du spectaculaire. Inspiré par Rumi, le créateur imagine une mode où fragmentation et harmonie coexistent, donnant naissance à une silhouette fluide, sensorielle et profondément contemporaine.

    Non loin de la Place Vendôme se tenait le défilé de la collection de Rami Al Ali. Intitulée Fragments in Harmony, elle propose une approche presque philosophique de la haute couture. Pour cette saison printemps-été 2026, le designer s’inspire du poète du XIIIe siècle Rumi. Ce nouveau vestiaire repose sur une idée centrale : les opposés ne s’opposent pas réellement, ils coexistent pour créer une forme d’équilibre.

    Ce principe se traduit directement dans le vêtement. Pour ce faire, Rami Al Ali joue avec la fragmentation, la superposition et les contrastes de matières. Tout semble éclaté, mais rien n’est laissé au hasard — bien au contraire. Chaque élément participe à une construction globale extrêmement maîtrisée. Ici, la couture ne cherche pas à impressionner immédiatement : elle se révèle dans le temps.

    Une couture du mouvement, entre fluidité et recomposition

    Il n’est pas question pour Rami Al Ali d’imposer un vestiaire trop structuré. Le mouvement devient alors le point de départ. Les silhouettes s’allongent, se recomposent, jouent avec les reflets et évoluent avec le corps. Un seul mot d’ordre : le vêtement n’est jamais figé. Il respire, glisse, se transforme à chaque pas.

    Le travail de superposition — presque instinctif — se construit à travers l’utilisation de satin, de crêpe, de mikado structuré ou encore d’organza fluide. Chaque matière réagit différemment à la lumière et au mouvement, apportant profondeur et nuance. Le résultat est une collection plus organique, moins rigide.

    À première vue, une impression de douceur et de sobriété domine. Mais en s’attardant, les détails apparaissent : broderies inspirées de tapis persans, sequins intégrés avec précision. Une subtilité essentielle, où le détail existe sans jamais devenir démonstratif.

    Une palette apaisée pour une couture sensorielle

    La palette chromatique s’inscrit dans cette même logique d’équilibre. Inspirée de l’océan, elle décline des teintes comme l’oyster grège, le rose coquillage, le vert écume ou encore le corail profond. Des couleurs presque minérales, qui renforcent cette sensation de fluidité et d’apaisement. Ici, la couleur ne dramatise pas : elle calme, elle équilibre.

    Avec cette collection haute couture, Rami Al Ali défend une vision plus sensorielle, presque spirituelle de la mode. Le vestiaire cherche à provoquer une sensation, une contemplation, une émotion lente. Le défilé lui-même s’inscrit dans cette retenue, loin du spectaculaire.

    Le couturier revendique une approche plus essentielle : moins de mise en scène pour mieux révéler les silhouettes, et recentrer le regard sur le sens premier du luxe — la technique, la subtilité, la durée. La femme Rami Al Ali n’est pas dans la démonstration : elle incarne une élégance calme, et existe davantage dans le mouvement que dans la pose.

  • Georges Chakra, ou la couture comme architecture du pouvoir

    Avec sa collection printemps-été 2026, Georges Chakra redéfinit les contours du glamour couture. Entre silhouettes sculpturales, références historiques et minimalisme maîtrisé, la maison dessine une nouvelle figure de la Parisienne : structurée, assurée, presque souveraine.

    Un grand silence, puis les premières notes de Berghain, titre issu du nouvel album de Rosalía, résonnent dans l’enceinte du Palais de Chaillot. À l’instar de la chanteuse, Georges Chakra annonce un renouveau avec cette collection printemps-été 2026, qui oscille entre maximalisme et minimalisme. L’objectif ? Abandonner la nostalgie pour affirmer une nouvelle autorité. Mais attention : le directeur artistique ne cherche pas la rupture, plutôt un réajustement. Il revisite ses propres codes — glamour, théâtralité, féminité — pour les épurer et les projeter dans une modernité assumée. On assiste à la naissance d’une nouvelle Parisienne : non plus décorative, mais structurée et conquérante. Le passé, lui, n’est pas effacé, il devient un vocabulaire au service de ce nouveau vestiaire.

    Une couture de la structure et de la posture

    La proposition la plus forte de cette collection réside sans doute dans sa construction, pensée comme une véritable architecture. Les silhouettes sont conçues comme des structures : tailles marquées par des peplums, jupes décollées du corps grâce à des ourlets ballon, bustiers corsetés, manches sculpturales. Le corps est maîtrisé. La couture devient un outil de posture : elle redresse, encadre, impose.

    Mais la lecture évolue au fil des passages. De loin, les lignes apparaissent pures, les volumes clairs. De près, la richesse se révèle : broderies denses, perles, textures en relief, ornements minutieux qui épousent l’architecture du vêtement. Georges Chakra réussit ici à incarner une tension propre à la haute couture : une simplicité apparente dissimulant une complexité extrême dans le détail.

    Une douceur chromatique au service de la puissance

    La palette de couleurs traduit parfaitement cette volonté structurelle. À première vue, les teintes semblent extrêmement douces : ivoire, nude, rose poudré. Mais en s’attardant, on découvre une gamme plus subtile : blanc craie, or pâle, touches d’abricot, de lavande ou de melon.

    Ce choix s’avère stratégique. Il évite toute surcharge visuelle, met en valeur le travail de coupe et de broderie, et adoucit des silhouettes qui pourraient autrement paraître trop autoritaires. Une manière habile d’équilibrer force et délicatesse.

    Cette collection s’impose comme un manifeste. Georges Chakra semble vouloir s’éloigner de l’effet “instagrammable” de la mode pour revenir à l’essence même de la couture : la construction. Elle affirme aussi une féminité plus déterminée. La femme Chakra se tient droite, occupe l’espace, et ne se définit plus par une séduction passive. Même sa douceur est pensée, presque stratégique.

    Avec cette proposition, la maison s’inscrit dans une évolution vers la modernité, sans rupture brutale. Une manière de rester fidèle à son ADN tout en redéfinissant les contours du glamour contemporain.

  • Rahul Mishra Haute Couture Printemps‑Été 2026 : un jardin céleste entre artisanat extrême et poésie végétale

    Au Palais de Tokyo, Rahul Mishra a dévoilé sa collection haute couture printemps‑été 2026, une célébration spectaculaire du vivant. Entre broderies en 3D, silhouettes‑sculptures et palette inspirée des éléments, le créateur indien signe un défilé où l’artisanat atteint une dimension presque cosmique, transformant chaque modèle en créature d’un jardin céleste.

    Au cœur du Palais de Tokyo, Rahul Mishra a présenté sa collection printemps‑été 2026 lors de la première journée de la Fashion Week haute couture. Les invités avaient rendez‑vous ce lundi 26 janvier pour découvrir toutes les silhouettes imaginées par le directeur artistique. Une ode aux quatre éléments, mettant en avant un artisanat poussé à l’extrême, ainsi qu’une dimension spirituelle et un imaginaire végétal foisonnant. Chaque silhouette raconte une histoire, et les modèles qui les portent incarnent des créatures issues d’un jardin céleste, presque rêvé par le couturier.

    Des silhouettes‑sculptures entre faune, flore et architecture textile

    Parlons d’abord des sculptures que deviennent ici les silhouettes — et il y a beaucoup à dire. Le regard se porte immédiatement sur le travail spectaculaire des volumes et des textures. Même si cela fait désormais partie de sa signature, il faut reconnaître que, de saison en saison, Rahul Mishra parvient encore à surprendre. Cette fois, on remarque particulièrement les robes‑sculptures : certaines sont ornées de fleurs en 3D, d’autres bordées de coraux ou de feuillages déployés. On découvre aussi des silhouettes aériennes, dont les tissus semblent flotter autour du corps, comme retenus sur terre uniquement par le modèle qui les porte. Avec leurs formes de spirales, de pétales ou d’ailes, ces architectures évoquent autant la faune que la flore, manifestement un thème central de cette collection. Le tout est sublimé par un jeu de transparence qui laisse deviner la peau sans jamais trop en dévoiler, comme pour préserver une dimension sacrée du corps. Une fois de plus, Rahul Mishra montre son attachement profond à l’art, traitant sa collection comme une œuvre à part entière, entre délicatesse organique et complexité technique.

    Couleurs solaires et matières aériennes : la nature comme langage couture

    Pour enrichir son propos, le couturier puise sa palette de couleurs et de matières dans le vivant : des jaunes solaires et des ors rappelant l’astre qui éclaire et permet la floraison ; des bleus profonds, symboles du ciel et de l’océan ; des verts luxuriants évoquant la présence végétale ; et enfin des touches de rose, de violet et de blanc pour souligner la dimension florale. Ces couleurs se déploient sur des matières aériennes mais architecturales, comme le tulle, l’organza, la soie, les perles ou les sequins. Les silhouettes dialoguent avec la lumière, révélant leurs reliefs et toute la richesse de leurs détails.

    Cette collection haute couture printemps‑été 2026 est un véritable manifeste pour Rahul Mishra : celui d’imposer l’artisanat et le savoir‑faire indien tout en explorant, presque de manière surréaliste, le lien entre microcosme et macrocosme. Le corps devient un organisme vivant, rendant hommage à la planète de la plus belle des manières. Rahul Mishra reste fidèle à lui‑même : un créateur‑poète qui nous livre une histoire singulière à travers chaque pièce.

  • Patou automne‑hiver 2026‑2027 : Guillaume Henry signe une collection lumineuse malgré la grisaille

    Au Palais de Tokyo, Guillaume Henry a dévoilé pour Patou une collection automne‑hiver 2026‑2027 vibrante et poétique. Entre silhouettes modulables, couleurs éclatantes et matières contrastées, le directeur artistique imagine une femme moderne, libre et joyeuse, qui traverse l’hiver avec élégance et optimisme.

    Comme pour chaque collection, Guillaume Henry nous emmène dans son univers pour la maison Patou. Ce dimanche 25 janvier, au cœur du Palais de Tokyo, le directeur artistique a dévoilé les silhouettes imaginées pour sa collection automne‑hiver 2026‑2027. Alors qu’une pluie battante s’abat sur la capitale, les nombreux invités VIP se succèdent pour découvrir comment la femme de 2026 oscille entre le jour et la nuit, entre la working girl affirmée et la party girl. Une versatilité modulable qui joue sur les contrastes tout en restant parfaitement cohérente.

    Des silhouettes entre confort, sophistication et espièglerie

    De nombreuses silhouettes défilent sur le podium, mettant en avant une élégance décontractée et une féminité assumée. Guillaume Henry imagine une femme Patou qui combine confort, sophistication et, bien sûr, une pointe d’espièglerie. Pour cela, il choisit des jupes longues à volants aux motifs tartan, associées à un pull écru ou à une chemise vert émeraude. Côté robes, on retrouve de la maille gaufrée agrémentée de patchworks colorés, avec une coupe moulante et un col montant. Pour adoucir cette rigueur, le directeur artistique dessine de nombreux manteaux oversized rose bonbon, rappelant les sixties, mais toujours douillets — saison hivernale oblige. Et pour accessoiriser les silhouettes, quoi de mieux que des bottes hautes en vinyle ? La touche de sensualité assumée que recherche la femme Patou.

    Couleurs vibrantes et matières contrastées : l’ADN Patou revisité

    La palette de couleurs est choisie avec minutie afin de faire ressortir le romantisme moderne et le pragmatisme chic de la collection. Outre le rose bonbon des manteaux, Guillaume Henry utilise des roses vibrants, des verts profonds et des oranges veloutés pour illuminer l’ensemble. Oui, c’est l’hiver, mais la couleur ne doit pas disparaître de nos garde‑robes. Côté matières, la collection joue sur les contrastes, comme le montre le moodboard : patchworks, velours, dentelle, soie, maille gaufrée ou encore vinyle brillant dialoguent pour créer une richesse visuelle et tactile.

    En bref, la femme Patou selon Guillaume Henry s’affirme dans un éclectisme maîtrisé, à la fois poétique et optimiste. Cette collection automne‑hiver refuse de se laisser atteindre par le ciel gris : elle veut montrer que chacun peut être joyeux, libre et élégant, peu importe la manière — car ce sont les détails qui comptent.

  • SSSTEIN Automne/Hiver 2026-2027 : une masculinité architecturale et protectrice

    Présentée lors de la Paris Fashion Week, la collection Automne/Hiver 2026-2027 de SSSTEIN explore une vision contemporaine de la masculinité. Entre rigueur, modularité et protection, la maison propose un vestiaire sculptural où volumes, matières et couleurs dessinent un tailoring hybride, à la fois minimaliste et utilitaire.

    La pureté des lignes, la superposition maîtrisée et une palette froide : voilà les trois principales caractéristiques de la collection automne/hiver 2026-2027. La maison dévoile des silhouettes masculines très structurelles, dans lesquelles les vêtements deviennent des objets modulaires, capables de s’adapter aux variations du temps et de la vie de celui qui les porte. Finalement, la collection SSSTEIN apparaît comme une protection destinée à accompagner l’homme face aux aléas du quotidien. La maison propose ainsi un vestiaire dont la vision de la masculinité s’éloigne de toute idée de spectaculaire. Place à la force tranquille. Même si les silhouettes sont imposantes, elles ne sont jamais agressives. Les matières sont robustes, oui, mais raffinées. Même les couleurs restent sobres tout en étant profondes. L’ensemble crée une atmosphère dans laquelle l’homme SSSTEIN semble maîtriser non seulement lui-même, mais presque aussi l’environnement qui l’entoure. La collection traduit une certaine résilience et une structure assumée.

    Un tailoring protecteur et maîtrisé

    Pour cette saison, SSSTEIN a décidé de jouer sur les volumes. D’abord grâce aux coupes oversize : épaules élargies, manteaux longs et structurés qui contrastent avec des pièces plus proches du corps, permettant une alternance entre ampleur et précision. On retrouve également des chemises allongées, des pantalons fluides associés à des bottes massives. La construction des silhouettes crée ainsi du relief. On remarque aussi la présence de fermetures apparentes, de poches multiples — parfois démesurées —, de capuches intégrées et de coupes asymétriques. SSSTEIN propose un vestiaire hybride qui réinvente un tailoring à la fois minimaliste et utilitaire. Visuellement, la collection offre une dynamique parfaitement maîtrisée.

    Des volumes architecturés pour une silhouette résiliente

    Du côté de la palette chromatique, peu de surprises. S’il y a une nouvelle interprétation du tailoring, le directeur artistique a choisi de jouer avec l’imaginaire traditionnel de la saison automne/hiver. On retrouve des gris minéraux, du clair au graphite, mais aussi des noirs profonds et même des beiges froids tirant vers le sable. Quelques touches de bleu acier viennent néanmoins relever l’ensemble. Ces couleurs rappellent évidemment les matières brutes des éléments dans lesquels l’homme évolue : béton, métal, pierre.

    La collection SSSTEIN s’inscrit donc pleinement dans l’air du temps et accompagne la mode masculine qui cherche à concilier protection, élégance et modernité au sein d’un vestiaire fonctionnel et intellectuel.

  • Walter Van Beirendonck Automne-Hiver 2026/2027 : jeunesse et fantaisie à la Fashion Week Homme de Paris

    Lors de la Fashion Week Homme de Paris, Walter Van Beirendonck a présenté sa collection automne-hiver 2026/2027, « Scare the Crow / Scarecrow », où l’imaginaire et la politique se rencontrent. À travers des silhouettes flamboyantes et modulables, le créateur belge explore la jeunesse contemporaine, entre vulnérabilité et affirmation de soi, et démontre que le vêtement peut être à la fois ludique, protecteur et expressif.

    Il n’y a pas de doute : Walter Van Beirendonck voit la vie en couleur, même en automne ou en hiver. Lors de la présentation de sa collection 2026/2027, le fondateur et directeur artistique de la maison a montré comment envisager l’hiver sans grise mine. Intitulé « Scare the Crow / Scarecrow », ce défilé se déploie comme une métaphore d’un vestiaire où imaginaire et politique se croisent. Walter Van Beirendonck présente ce défilé comme une réflexion sur la jeunesse et l’identité.

    Une dualité fascinante

    L’art du layering est une nouvelle fois mis à l’honneur lors de ce défilé haut en couleur. Walter Van Beirendonck souhaitait absolument que formes ludiques et références rugueuses cohabitent. Dans cette collection, on retrouve des pièces évoquant des armures, comme les blousons ou certaines structures enveloppantes. Ces éléments se mêlent harmonieusement à des motifs militaires et à des références au vestiaire enfantin, visibles dans les sacs, les imprimés ou encore les fleurs en 3D. Chaque silhouette reste transformable et modulable, jouant avec les codes : certains éléments apportent une légère agressivité, tandis que d’autres insufflent de la tendresse. La palette, bien que parfois froide — un rappel de l’hiver — ne limite pas l’expressivité de la collection. Walter Van Beirendonck veut un vestiaire flamboyant et coloré, où accessoires, motifs et détails ponctuels introduisent des couleurs saturées. C’est cette dualité entre rigueur et fantaisie qui permet au directeur artistique de pousser sa réflexion et de donner toute sa profondeur à la collection.

    L’épouvantail, symbole de la jeunesse contemporaine

    Cette réflexion que Walter Van Beirendonck développe prend corps à travers l’image de l’épouvantail (scarecrow). Cette figure, incarnée par les silhouettes, représente une créature imparfaite, assemblée à partir de multiples fragments, tentant de s’intégrer dans la société humaine. Pour le créateur, elle symbolise le défi de la jeunesse contemporaine : vulnérable, mais revendiquant sa place, se construisant une armure tout en affirmant son identité. En somme, ce nouveau vestiaire explore comment un vêtement aussi expressif que ludique peut protéger, révéler, confronter et questionner, tout en restant profondément poétique.

  • KIDILL Automne-Hiver 2026/2027 : Retour de l’esprit punk à la Fashion Week Homme de Paris 

    La Fashion Week Homme de Paris s’ouvrait ce mardi 20 janvier 2026. L’occasion pour la maison KIDILL de présenter sa collection automne-hiver 2026/2027. Non loin de la Tour Eiffel, Hiroaki Sueyasu, fondateur et directeur artistique, a livré sa vision d’un chaos structuré où les esthétiques cohabitent grâce à la poésie.

    L’esprit punk serait-il déjà de retour ? À en croire la collection automne-hiver 2026/2027 de KIDILL, il semblerait que oui. Ce mardi 20 janvier, Hiroaki Sueyasu a de nouveau surpris les invités avec des silhouettes intenses qui ne lésinent pas sur le layering. À la tête de la maison depuis 2014, le créateur ne cesse d’affirmer sa vision d’une mode singulière, empruntant certains codes japonais qu’il réinterprète avec sensibilité. Il en résulte un chaos structuré qui marie les esthétiques avec une approche résolument contemporaine. C’est rude, mais réfléchi. C’est fragile, mais affirmé.

    Entre contraste et confrontation

    À première vue, ce qui frappe le plus dans les silhouettes, c’est ce dialogue constant entre matières et volumes. On retrouve des références militaires — blousons, coupes utilitaires — enrichies de touches plus délicates. Parfois, il s’agit de tulle ou de matières plus fragiles qui viennent troubler la rigidité initiale. Cette ambiguïté assumée évolue au fil de la collection. Certaines pièces semblent empruntées au vestiaire sportswear, mais se mêlent à des codes plus romantiques et à des touches colorées. Rien de tranché cependant : le mariage est maîtrisé. Le directeur artistique ne cherche pas l’harmonie lisse, mais plutôt la coexistence de deux éléments opposés capables de se compléter.

    La réinterprétation des codes

    Côté palette chromatique, on est loin des couleurs flashy aperçues lors de la précédente collection ou proposées par d’autres maisons cette saison. Hiroaki Sueyasu privilégie des tons fumés : kaki, gris, noir dominent. Quelques motifs et des touches de rouge apparaissent, mais sans jamais rompre l’équilibre. La tension ne passe pas par la couleur, mais par les matières et les superpositions. C’est sans doute ce qui rend l’ensemble si cohérent. Le créateur tente d’insuffler de la poésie dans le chaos qu’il met en scène, et cela transparaît dans plusieurs silhouettes. Il ne se revendique pas ouvertement punk : il en prélève certains codes pour mieux les transformer. Il les réinterprète avec la poésie et la sensibilité artistique qu’on lui connaît. Finalement, KIDILL résiste à l’évidence et refuse toute lecture trop littérale. La marque s’impose une fois encore comme un espace de tension maîtrisée, où le désordre devient langage esthétique.

  • À l’Institut du Monde Arabe, Valette Studio a choisi un décor presque brut pour dévoiler sa collection automne-hiver 2026-2027 pendant la Paris Fashion Week Men de janvier 2026. Les Nouveaux Romantiques : un titre qui évoque immédiatement les années 80, leurs silhouettes affûtées, leurs maquillages assumés, leur goût du drame. Mais chez Pierre-François Valette, il ne s’agit pas de rejouer le passé. Il s’agit plutôt de dialoguer avec lui, avec une forme de nostalgie très contemporaine.

    Dans le sous-sol du bâtiment, les colonnes massives de pierre encadrent l’espace. La lumière est basse, presque feutrée. On ressent quelque chose d’intime, de dense. Le contraste est fort entre ce cadre minéral et l’idée même de romantisme. Et c’est précisément dans cette tension que la collection prend sens. On comprend vite qu’il ne sera pas question de simple hommage, mais d’une réflexion plus sensible sur notre époque.

    Pierre-François Valette évoque une mélancolie actuelle, celle d’un monde où l’image semble parfois prendre le dessus sur la création. Cette idée traverse le défilé sans jamais être appuyée. Elle se devine dans l’attitude des mannequins, dans la manière dont les vêtements occupent l’espace, dans cette énergie à la fois fragile et déterminée.

    La musique amplifie cette sensation. Des percussions rock, presque indomptées, résonnent sous les voûtes. Puis un violon s’invite, apportant une vibration plus émotionnelle, presque dramatique. Les silhouettes avancent au rythme de cette bande-son intense. On ne regarde pas seulement les vêtements : on les ressent.

    Un romantisme qui ne s’excuse pas

    Les premières silhouettes installent immédiatement l’allure. Un trench en denim à chevrons porté avec un jean skinny dessine une ligne nette, élancée. Puis une robe courte crème, structurée par un col de chemise et des froufrous qui soulignent la taille et la poitrine, impose une féminité affirmée. Rien de fragile ici. Le romantisme version Valette Studio a du caractère.

    Le cuir noir apporte une tension supplémentaire, surtout lorsqu’il est associé aux chaussures issues de la collaboration avec Christian Louboutin. L’ensemble dégage une aura plus nocturne, presque rock. Les mannequins avancent avec assurance, sans surjeu. Il y a de la théâtralité, oui, mais maîtrisée.

    Une robe entièrement couverte de froufrous attire particulièrement l’attention. Elle semble presque lourde au premier regard. Pourtant, à chaque pas, elle rebondit légèrement. La matière, visuellement proche d’un ballon de baudruche, capte la lumière et crée un mouvement inattendu. Ce détail change tout : le romantisme n’est pas figé, il vit, il respire.

    Bowie en filigrane, l’émotion en héritage

    Certaines pièces frappent plus directement. Deux jupes blanches laissent apparaître un visage maquillé, décliné en aquarelle bleue ou orange. Réalisés par les Teintures de France, ces portraits évoquent les maquillages iconiques de David Bowie, figure centrale des Nouveaux Romantiques. La référence est évidente, mais jamais appuyée. Elle flotte, comme un souvenir.

    Sur certains mannequins, un éclat argenté est posé au coin des yeux. Un détail simple, mais chargé d’histoire. Là encore, il ne s’agit pas de reproduire une époque. Pierre-François Valette en retient l’audace, le goût pour la mise en scène de soi, cette liberté d’être multiple.

    Lorsque le créateur traverse la salle pour saluer, les applaudissements sont sincères, nourris. Dans cet espace aux colonnes massives, l’émotion reste suspendue quelques secondes. Avec Les Nouveaux Romantiques, Valette Studio ne se contente pas de regarder en arrière. Il pose une question plus large : comment continuer à créer avec intensité, dans un monde saturé d’images ? Et c’est peut-être là que réside la véritable modernité de cette collection.

  • En ouvrant la Fashion Week homme de Paris pour l’automne-hiver 2026-2027, Jeanne Friot n’a pas simplement coché une case dans un calendrier officiel. Elle a pris la parole. Au Théâtre du Rond-Point, sa collection AWAKE s’est déployée comme une expérience sensible, presque physique, où la mode se mêle à la danse et à l’engagement. Un moment dense, vibrant, qui a donné le ton dès les premières minutes.

    Il faut dire que la créatrice avance avec assurance depuis sa Jeanne d’Arc 2.0 aperçue lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024. Cette image a marqué les esprits. Depuis, son public s’est élargi, fidélisé, soudé autour d’un vestiaire et de valeurs claires. L’inviter à inaugurer la semaine masculine parisienne n’a rien d’anodin : c’est la reconnaissance d’une voix devenue incontournable.

    Au Théâtre du Rond-Point, tout commence dans le noir. Les fauteuils rouges disparaissent presque sous la pénombre. Puis des projecteurs puissants s’allument — et ce ne sont pas les silhouettes qui sont d’abord éclairées, mais le public. La musique, chargée de basses, traverse la salle. On ne regarde pas seulement un défilé, on le ressent. On est pris dedans.

    Très vite, la scène s’anime. Vingt-trois danseur·euses du Ballet de Lorraine rejoignent les mannequins sur une chorégraphie signée Maud Le Pladec. Les corps s’entrelacent, s’opposent, se soutiennent. Les passages ne sont pas linéaires : ils respirent, accélèrent, s’intensifient. Jeanne Friot ne se contente pas de montrer des vêtements, elle questionne la manière même de les présenter. Le podium devient plateau, le défilé devient performance.

    Un vestiaire assumé, sans détour

    Côté silhouettes, pas de virage radical. Et c’est précisément ce qui fait la force du propos. Jeanne Friot creuse son sillon. Le tartan revient en puissance, les corsets structurent les tailles, les jupes et les robes dialoguent avec de larges bottes composées à partir de ceintures en cuir. Un jean brodé de plumes violettes capte la lumière. On reconnaît immédiatement son écriture.

    Les sangles et boucles métalliques, devenues signatures, découpent les lignes et affirment les volumes. Un tailleur en tweed noir à veste courte impose une allure nette. Une robe cocktail en tartan constellé de sequins argentés, rouges et violets joue avec la brillance. Plus loin, un long manteau en simili-cuir noir porté sur un body et des cuissardes métallisées dessine une silhouette conquérante. Un tailleur pied-de-poule aux épaules larges, associé à un micro-short, détourne les codes du pouvoir avec aplomb.

    La créatrice poursuit également son travail à partir de matières issues de stocks dormants. Rien n’est décoratif chez elle. Chaque pièce s’inscrit dans une continuité, dans une cohérence. Elle ne cherche pas à surprendre à tout prix : elle affirme, elle consolide. Son vestiaire parle déjà fort.

    AWAKE : aimer, lutter, ne pas détourner le regard

    Le titre AWAKE résonne comme un appel. Se réveiller. Ne plus rester passif. Sur scène, des tee-shirts affichent des messages clairs : « Revolution » ou « It’s Never Too Late to Fight Fascism ». Les projecteurs, braqués vers la salle, rappellent que ces mots ne sont pas abstraits. Ils visent celles et ceux qui regardent.

    Dans un contexte politique international tendu, Jeanne Friot assume un positionnement frontal. Ses modèles et ses danseur·euses ne sont pas seulement là pour incarner une esthétique : ils portent des revendications, notamment en faveur des communautés LGBTQIAP+. L’engagement n’est pas un décor, il structure le défilé.

    Parmi les moments les plus marquants, deux femmes en tailleurs amples — l’un noir, l’autre blanc — avancent l’une vers l’autre. Elles se fixent, se rapprochent, puis s’embrassent longuement. Autour d’elles, la chorégraphie continue de monter en intensité. En final, deux mariées se tiennent face à face et scellent leur union sous les regards. La salle se lève. L’émotion est réelle, presque palpable.

    En inaugurant la PFW Men de janvier 2026, Jeanne Friot a fait plus qu’ouvrir une semaine de défilés. Elle a posé une intention. Celle d’une mode qui ne se cache pas, qui embrasse, qui revendique. Une mode qui choisit, simplement, de rester éveillée.

  • Appelez-moi Walt : une plongée intime dans l’esprit de Walt Disney à l’Apollo Théâtre
    Appelez-moi Walt

    Et si Walt Disney n’était pas seulement le créateur d’un empire du rêve, mais avant tout un homme traversé par le doute, les contradictions et les ambitions ? Appelez-moi Walt propose une immersion sensible et accessible dans l’intimité du génie derrière les mythes, à découvrir à l’Apollo Théâtre à Paris.

    Avez-vous déjà voulu connaître la véritable histoire de Walt Disney, l’inventeur des parcs à thèmes, mais aussi le créateur des œuvres qui ont bercé l’enfance de générations entières ? C’est désormais possible.

    Depuis le 15 octobre 2025 et jusqu’au 16 mai 2026 (pour le moment), Appelez-moi Walt se joue plusieurs soirs par semaine à l’Apollo Théâtre à Paris. Pendant 90 minutes, le spectateur est invité à plonger dans l’univers si singulier de Walt Disney. Une immersion qui va bien au-delà des clichés pour révéler l’homme derrière le génie.

    La pièce explore son intimité, sa vie de famille, ses relations avec sa femme Lillian, son frère Roy, mais aussi ses enfants. On y découvre un homme confronté aux attentes de l’Amérique, aux polémiques, aux échecs comme aux triomphes. Le spectacle permet également de comprendre comment sont nés certains personnages mythiques, de Blanche-Neige à Mickey, et comment l’imaginaire de Walt prenait forme, parfois au prix de lourds sacrifices.

    Une mise en scène incarnée et habitée

    La mise en scène est signée Julien Baptist, qui incarne également Walt Disney sur scène. Un choix qui fait sens tant le comédien connaît intimement l’univers Disney. Ancien directeur artistique des événements et produits commerciaux de Disneyland Paris, on lui doit notamment de nombreux Halloween du parc. Il est également à l’origine de spectacles tels que Les Triplettes de Belleville : Go Ouest (2014), De Dieux et de Monstres (2016) ou encore Kinky Boots (2018).

    À ses côtés, Emmanuelle Boidron interprète Lillian Disney avec beaucoup de finesse. Sébastien Chartier campe Ub Iwerks, le dessinateur et collaborateur historique de Walt, tandis que Cassiopée Wayance incarne Diane, la fille de Walt, apportant une touche de douceur et de sincérité. Bruno Hausler, quant à lui, prête ses traits à Roy Disney, pilier discret mais essentiel de cette aventure familiale.

    Un décor minimaliste au service de l’émotion

    Entre humour et transmission, Appelez-moi Walt s’adresse à toute la famille. Le décor, volontairement minimaliste, le bureau de Walt Disney, devient un véritable espace mental. Quelques éléments suffisent à faire naître les souvenirs, les tensions et les rêves. La scénographie laisse toute la place au jeu des comédiens, à la parole et à l’émotion.

    La justesse des interprétations est frappante. Il se crée une véritable connexion entre les personnages, mais aussi avec le public. Chaque acteur porte son rôle avec sincérité et précision, donnant chair à ces figures historiques sans jamais tomber dans l’imitation caricaturale.

    À la sortie, une seule envie subsiste : se replonger dans un film Disney pour prolonger cette parenthèse magique, avec un regard nouveau, plus adulte, mais tout aussi émerveillé.

    Infos pratiques

    Appelez-moi Walt est à découvrir à l’Apollo Théâtre (18 rue du Faubourg-du-Temple, 75011 Paris) du 15 octobre 2025 au 16 mai 2026. Les représentations ont lieu plusieurs soirs par semaine, généralement en soirée, avec parfois des séances en après-midi selon les dates.
    Les tarifs varient en fonction des places et des périodes, avec des billets proposés à partir d’environ 18 €. Le spectacle est accessible dès 12 ans, ce qui en fait une sortie idéale à partager en famille. La réservation est vivement conseillée compte tenu du succès de la pièce.