Editø Magazine

L’essence du luxe et de la culture 

  • Les concerts les plus attendus de mai 2026 à Paris

    Mai 2026 s’annonce comme un mois particulièrement dense pour la scène live parisienne. Entre retours très attendus, nouvelles sensations pop et mastodontes capables de remplir des arenas en quelques minutes, la capitale joue sur tous les registres. Voici les rendez-vous à ne pas manquer.

    Une pop internationale en terrain conquis

    La capitale française confirme une nouvelle fois que les stars de la pop s’y sentent chez elles. Et pour cause : Leah Kate, qui avait déjà fait vibrer La Maroquinerie en mai 2024, est de retour le 9 mai prochain dans la même salle. Un comeback porté par un nouvel album — et une envie intacte de retrouver son public parisien.

    Rose Gray, quant à elle, se produira à la Gaîté Lyrique, tandis que Dermot Kennedy investira la scène de l’Olympia le 18 mai.

    Dans un registre plus grand public, Conan Gray, souvent présenté comme l’un des nouveaux princes de la pop, sera à l’Adidas Arena les 18 et 19 mai. Quelques jours plus tard, ce sera au tour de Madison Beer d’investir cette nouvelle salle. Deux artistes qui incarnent une génération façonnée par Internet et qui confirment leur impact en 2026.

    Autre visage à suivre : Sienna Spiro, chanteuse américaine influencée par les sonorités des années 60-70, à l’image de Stephen Sanchez. Elle sera en concert à l’Élysée Montmartre le 24 mai.

    Enfin, pour clôturer le mois, PinkPantheress se produira au Zénith de Paris le 31 mai. On croise les doigts pour qu’elle interprète son duo avec Zara Larsson, Stateside.

    Scène française et shows XXL : le mois des grands rassemblements

    Le mois de mai est également marqué par une forte présence de la scène française. Yann, anciennement connu sous le nom de La Grande Dame, donnera son premier concert le 9 mai à la Maison des Métallos. Le 15 mai, Lyna Mayhemdonne rendez-vous à son public à l’Olympia.

    Côté figures emblématiques, Vanessa Paradis sera sur la scène du Zénith de Paris le 21 mai, avant de laisser la place à Lorie le 23 mai. Deux icônes de la variété française qui promettent des shows exceptionnels pour remercier un public resté fidèle au fil des années.

    Enfin, trois temps forts aux allures d’événements viennent rythmer ce mois. D’abord, la venue du groupe de K-pop TWICE les 16 et 17 mai à l’Accor Arena, avec un show pensé comme un tournant dans leur carrière. Ensuite, Jul, attendu au Stade de France les 15 et 16 mai, promet un spectacle XXL à la hauteur de son impact culturel.

    Pour clôturer le mois, Aya Nakamura investira à son tour le Stade de France pour un concert qui s’annonce déjà comme l’un des moments les plus marquants de l’année.

  • Stephen Sanchez, l’élégance rétro en pleine déclaration d’amour à Paris

    Entre romantisme vintage et confession intime, Stephen Sanchez a investi la Salle Pleyel, ce samedi 25 avril, pour le lancement de sa tournée européenne. Un concert à la fois hors du temps et profondément ancré dans le présent, porté par une esthétique 60’s et une sincérité désarmante.

    À seulement 23 ans, Stephen Sanchez s’impose comme l’une des nouvelles voix incontournables de la pop internationale. Révélé en 2021 avec “Until I Found You”, devenu un phénomène mondial, l’artiste américain façonne depuis un univers immédiatement reconnaissable, entre pop, rock et folk, nourri d’une fascination assumée pour les années 1950 et 1960. Sa musique convoque instantanément l’âge d’or des crooners, quelque part entre Elvis Presley et les grandes ballades romantiques, tout en y glissant une sensibilité résolument contemporaine. Cette tension entre passé et présent fait sa force : une esthétique rétro parfaitement maîtrisée, mais toujours au service d’émotions profondément actuelles. Installé à Nashville, il affine une écriture centrée sur l’amour — rêvé, vécu, parfois cabossé — thème central de son prochain album LOVE, LOVE, LOVE, attendu le 8 mai 2026.

    Une tournée européenne sous le signe de l’amour

    C’est à la Salle Pleyel que s’ouvre la tournée européenne Sing Love Again Tour, le 25 avril 2026. Un choix qui sonne comme une évidence pour un artiste dont l’imaginaire épouse parfaitement l’élégance intemporelle du lieu. Dès les premières notes, l’atmosphère s’impose : lumières feutrées, scénographie inspirée de la grande époque d’Elvis Presley, et une présence scénique qui mise sur un jeu de jambes spectaculaire. Stephen Sanchez ne force rien, il habite l’instant.

    La setlist alterne entre ses premiers succès, des titres de Angel Face, et plusieurs morceaux récents comme “Sweet Love”, premier extrait du nouvel album. Il choisit de conclure avec ses deux titres phares, Until I Found You et High. Musicalement, le concert repose sur une orchestration organique, fidèle à son identité : guitares, accents rockabilly, et arrangements subtilement rétro. Mais ce qui frappe surtout, c’est la cohérence de son univers. Chaque chanson semble prolonger la précédente, comme les chapitres d’un même film sentimental. L’ambiance oscille entre recueillement et exaltation. Le public, très attentif, accompagne chaque morceau dans un silence presque solennel, avant de se laisser emporter par une émotion collective palpable.

    Moment particulièrement marquant : l’arrivée sur scène de sa fiancée, Devi Tuil. Chanteuse et compositrice française, elle partage avec lui plusieurs projets, dont le duo Dress & Tie. Leur complicité apporte une dimension supplémentaire au concert — plus intime, presque fragile.

    Au-delà de la performance, c’est cette sincérité qui donne toute sa puissance au live. Stephen Sanchez ne se contente pas d’interpréter ses chansons : il les vit, avec une intensité qui dépasse largement le simple hommage nostalgique. Un concert maîtrisé, élégant, mais surtout profondément incarné — preuve que l’artiste ne repose pas seulement sur une esthétique rétro, mais sur une véritable vision émotionnelle.

    Une tournée qui ne fait que commencer

    Si ce premier concert parisien donne le ton, la suite de la tournée s’annonce prometteuse. Le Sing Love Again Tour marque un tournant dans la carrière de Stephen Sanchez : la volonté d’élargir son univers tout en affirmant une écriture plus personnelle. L’album LOVE, LOVE, LOVE, attendu le 8 mai, devrait approfondir cette évolution. Présenté comme plus introspectif, il s’éloigne du simple hommage aux années 60 pour explorer une vision plus intime de l’amour — entre vulnérabilité et désir de connexion.

    Une chose est sûre : avec cette tournée, Stephen Sanchez ne se contente plus de revisiter le passé. Il commence à écrire le sien.

  • Chiloo en concert à Paris : la promesse d’un renouveau en live

    Avec un concert parisien porté par l’émotion et l’élan d’un nouveau chapitre, Chiloo amorce un tournant. Entre confidences musicales et énergie pop, l’artiste esquisse les contours d’une ère plus apaisée avec Tout finit par s’arranger, son deuxième album.

    À Paris, Chiloo ne donne pas simplement un concert : il ouvre une nouvelle page. Face à un public déjà conquis, l’artiste installe d’emblée une atmosphère intime, presque suspendue. Sa voix, toujours aussi singulière, porte des textes où se mêlent lucidité et fragilité. Sur scène, chaque morceau devient un fragment d’histoire, un instant de vie partagé avec une sincérité désarmante.

    Ce live marque surtout le coup d’envoi d’une tournée nationale attendue. Après s’être fait remarquer en premières parties de Kendji Girac, Chiloo confirme qu’il peut désormais tenir la scène seul, avec une aisance nouvelle. Le public reprend les paroles, vibre à l’unisson, et transforme la salle en véritable espace de communion. Plus qu’un simple passage à Paris, ce concert agit comme une déclaration : celle d’un artiste prêt à franchir un cap.

    “Tout finit par s’arranger” : l’intime comme moteur

    Au cœur de cette nouvelle étape, il y a Tout finit par s’arranger, un album profondément humain dont plusieurs titres résonnent déjà en live. Écrit et composé entre 2024 et 2025, ce deuxième opus s’impose comme le récit d’une reconstruction. Chiloo y explore le temps qui passe, la perte, mais aussi la capacité à renaître, des thématiques universelles, portées par une écriture toujours personnelle.

    Pour enrichir son univers, l’artiste s’est entouré de collaborateurs comme Pierre Michelet, Arnaud Krivanek, Nazim ou encore Renaud Rebillaud. Une équipe qui accompagne l’évolution sonore du projet vers une pop française moderne, mélodique et assumée. Les arrangements gagnent en ampleur, sans jamais trahir l’essence de Chiloo : cette manière de transformer l’intime en quelque chose de profondément collectif.

    Une tournée pour s’affirmer

    Son nouvel album sortie le 30 janvier 2026, s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une montée en puissance. Entre premières parties, tournée des clubs, festivals d’été et une date parisienne au Nouveau Casino le 1er avril 2026, Chiloo construit patiemment son parcours.

    Sur scène, cette évolution est déjà palpable. L’artiste semble plus ancré, plus sûr de lui, tout en conservant cette vulnérabilité qui fait sa force. Il ne cherche pas à impressionner, mais à toucher, et c’est précisément ce qui fonctionne. Dans une scène musicale parfois formatée, Chiloo trace sa route avec authenticité, rappelant qu’au bout du chaos, il y a souvent une forme d’apaisement.

    Avec Tout finit par s’arranger, il ne livre pas seulement un album, mais une promesse. Celle que, malgré les failles et les tempêtes, quelque chose finit toujours par s’aligner. Et à Paris, cette promesse a déjà commencé à prendre vie.

  • Pierre Cardin : le futur comme héritage

    Avec sa collection automne-hiver 2026-2027, Pierre Cardin poursuit son exploration d’un vestiaire futuriste devenu signature. Entre silhouettes géométriques, références rétro et vision prospective, la maison affirme une mode hors du temps, où le futur est moins une destination qu’un langage.

    Le futur s’inspire ici du carnaval de Venise. Pour cette saison automne-hiver 2026-2027, Pierre Cardin poursuit une trajectoire qui lui est propre : celle d’une mode tournée vers le futur, tout en restant profondément ancrée dans son héritage. Sous la direction de Rodrigo Basilicati-Cardin, la maison ne cherche pas à se réinventer radicalement, mais à prolonger une vision historique à travers une nouvelle proposition.

    Depuis ses débuts, Pierre Cardin incarne une mode expérimentale, futuriste, presque spatiale. Cette saison, la maison confirme sa volonté de projeter le vêtement dans un imaginaire prospectif, où la silhouette devient un objet d’anticipation. Une chose est claire : Pierre Cardin ne suit pas les tendances, la maison crée son propre futur.

    Une géométrie sculpturale entre passé et anticipation

    Une fois de plus, la collection repose sur un élément central : la géométrie. Les silhouettes sont structurées, sculpturales, construites à partir de volumes nets, de lignes circulaires et de découpes franches. Le vêtement devient alors une structure autonome, presque détachée du corps.

    Cette approche rappelle directement l’esthétique des années 60-70, où la mode se pensait comme un design industriel et où la silhouette dépassait la simple fonction vestimentaire. Vous l’aurez compris, cette collection n’est pas seulement futuriste : elle est profondément rétro-futuriste.

    On y retrouve des codes historiques de la maison, une esthétique vintage du futur, et une vision qui oscille entre anticipation et mémoire. Ce décalage assumé renforce la singularité de Pierre Cardin. Les pièces attirent le regard, imposent des silhouettes fortes et privilégient l’impact visuel. Plus qu’un vestiaire du quotidien, il s’agit ici d’une mode-concept.

    Dès lors, une question s’impose : cette collection est-elle pensée pour être commerciale, ou existe-t-elle avant tout comme un objet culturel ?

    Une mode comme objet de projection et de design

    Cette collection affirme une fidélité radicale à l’ADN de la maison. Pierre Cardin ne cherche pas à suivre les tendances contemporaines, mais à les contourner, en s’appuyant sur son propre héritage pour continuer à imaginer le futur.

    La modernité ici ne réside pas dans l’instant présent, mais dans une projection permanente. Le vêtement n’est pas uniquement pensé pour être porté : le corps ne fusionne pas avec lui, il devient presque un support.

    Cette approche inscrit la collection dans une dimension plus large, à la frontière entre mode, art et design. Plus qu’un vestiaire, Pierre Cardin propose une vision. Une manière de réinventer la mode selon son propre prisme, où chaque silhouette devient une forme, une idée, presque un manifeste.

  • Kimhēkim : la mode comme mémoire en mouvement

    Pour son automne-hiver 2026-2027, KIMHEKIM célèbre dix ans de création en transformant son vestiaire en archive émotionnelle. Entre fantaisie maîtrisée, références personnelles et silhouettes sculpturales, la maison coréenne signe une collection introspective où la mode devient un langage de mémoire et d’identité.

    Pour l’anniversaire de la fashion week de Paris, Kimhekim présentait sa collection automne-hiver 2026-2027, et le moins que l’on puisse dire, c’est que la maison poursuit son exploration de la mode à sa manière. Dans cette nouvelle histoire narrative qu’est le défilé, le vêtement devient un espace de mémoire et de projection. Pour ses dix ans d’existence, l’heure était à l’introspection, presque à la rétrospective — mais sans jamais renoncer à son langage stylistique identifiable. Les silhouettes de Kimhekim ne cherchent pas seulement à innover : elles assemblent une mémoire esthétique, un véritable collage émotionnel. Pour cette collection, le designer puise dans ses archives, ses références personnelles et ses codes signatures, superposant le tout pour construire un récit cohérent.

    Une rétrospective vivante et sculpturale

    Pour cette décennie, on a l’impression que Kimhekim a voulu faire de cette collection un point de synthèse de ce qu’elle représente. On retrouve les éléments fondateurs de la maison : silhouettes structurées mais ludiques, volumes exagérés et assumés, et bien sûr un travail d’asymétrie devenu emblématique. Cette fois, les silhouettes sont réorganisées pour composer une rétrospective, comme si les mannequins devenaient des œuvres d’art dans le musée imaginaire de Kimhekim. Chaque look évoque une étape de la construction de la marque, avec une maturité stylistique impressionnante. Et qui dit rétrospective dit dimension émotionnelle : certaines silhouettes renvoient à l’enfance, d’autres à des objets symboliques ou à des figures fantasmées, issues de souvenirs réels ou imaginés. Ce registre intime est toutefois équilibré par une esthétique plus pop, portée par des volumes théâtraux, des superpositions complexes et une palette douce dominée par les pastels.

    Cette collection anniversaire n’est pas anodine et ne se contente pas de revisiter les dix dernières années. Elle affirme que la mode est une archive vivante, surtout pour les designers. La maison réaffirme la cohérence de son vocabulaire, et le vêtement n’est plus seulement visuel : il devient affectif, presque autobiographique.

  • Ujoh : l’élégance en tension

    Avec sa collection automne-hiver 2026-2027, Ujoh met le tailoring à l’épreuve. Entre rigueur et déconstruction, influences grunge et savoir-faire japonais, la marque signe une mode en déséquilibre maîtrisé, où l’élégance naît de la contradiction.

    Pour cette saison automne-hiver 2026-2027, Ujoh choisit de surprendre avec une nouvelle esthétique. Si le travail autour du tailoring — véritable ADN de la maison — se poursuit, il est désormais mis sous tension, oscillant entre rigueur et désordre. Le duo créatif s’interroge sur ses propres fondations à travers le concept d’antithèse. Structure, codes, identité du vêtement : tout est questionné.

    Mais ici, il ne s’agit pas de trouver des réponses. La collection expose plutôt des contradictions : le désordre peut-il coexister avec l’élégance ? Le minimalisme peut-il dialoguer avec une attitude grunge ? Ujoh ne tranche pas, la maison met en scène ces oppositions et en fait le cœur de sa proposition.

    Un tailoring déconstruit, terrain d’expérimentation

    Chez Ujoh, le tailoring reste central. Blazers, manteaux et tailleurs sont bien présents, mais revisités : coupés, zippés, fragmentés, traversés de lignes inattendues, ils sont déconstruits sans jamais perdre leur rigueur initiale. Les fermetures éclair viennent littéralement interrompre les lignes traditionnelles et redessiner la silhouette.

    Le résultat est troublant : le vêtement semble hésiter entre contrôle et rupture.

    Au-delà de ces pièces structurées, le reste du vestiaire prolonge cette idée de déséquilibre. Volumes relâchés, proportions décalées, asymétries marquées : tout participe à une esthétique volontairement instable. Pourtant, rien n’est laissé au hasard. Le chaos est orchestré, le désordre parfaitement maîtrisé.

    Pour renforcer cette tension, la maison convoque une référence forte : le grunge des années 90. Mais loin d’un simple revival nostalgique, il s’agit ici d’une attitude. Une énergie nonchalante se dégage à travers des matières plus brutes, des carreaux, et une certaine liberté dans le styling.

    Matières et palette : une modernité entre tradition et innovation

    Le travail textile reste un pilier fondamental chez Ujoh, et cette collection ne fait pas exception. La marque utilise des tissus tissés au Japon sur des métiers anciens, associés à des nylons techniques et des textures parfois translucides.

    Là encore, la tension est au cœur du propos : tradition et innovation ne s’opposent plus, elles coexistent. Ces matières permettent aussi de révéler la construction interne du vêtement. Les coutures apparaissent, la structure se dévoile, comme si la maison invitait à regarder l’envers du décor.

    La palette chromatique accompagne cette esthétique introspective. Dominée par des tons sobres — noir, chocolat, bois de rose — elle est ponctuée de touches de vert profond, de blanc et de beige. Des couleurs qui renforcent l’idée d’une mode contenue, presque intérieure.

    Vous l’aurez compris, cette collection est avant tout un questionnement. Ujoh ne cherche pas à apporter des réponses toutes faites, mais à ouvrir un dialogue. La maison traduit une époque où l’esthétique se déséquilibre, où le vestiaire n’est plus figé mais en constante évolution.

    Le doute devient alors une force créative. Il permet de faire émerger une nouvelle forme de modernité : moins lisse, plus brute, plus honnête.

  • La mode comme héritage vivant chez Shiatzy Chen

    Avec sa collection automne-hiver 2026-2027, Shiatzy Chen transforme la mode en récit culturel. Entre références à la dynastie Tang, symbolique du jade et silhouettes en mouvement, la maison propose une vision du luxe où tradition et modernité coexistent sans jamais s’opposer.

    Alors que la Paris Fashion Week s’apprête à se clôturer ce lundi 9 mars, Shiatzy Chen dévoile sa collection automne-hiver 2026-2027. Un défilé qui confirme la singularité de la maison, portée par une mode qui dialogue constamment entre héritage culturel et modernité occidentale. Cette saison, la directrice artistique Wang Chen Tsai-Hsia pousse encore plus loin cette réflexion en s’ancrant dans une référence historique majeure : la dynastie Tang, période d’âge d’or artistique et culturel en Chine. Fidèle à son approche, la créatrice ne livre pas une reconstitution, mais une interprétation. Chaque pièce devient un fragment d’histoire réinventé, une traduction contemporaine du patrimoine. Ici, la mode agit comme un véritable outil de transmission culturelle.

    Le jade, symbole central d’un vestiaire spirituel

    Pour construire cette collection, Wang Chen Tsai-Hsia s’appuie sur un élément clé : le jade. Associée à la pureté, à la protection et à l’immortalité, cette pierre dépasse largement le statut d’ornement. Elle devient à la fois symbole, motif et matière intégrée au vêtement.

    On la retrouve en incrustation dans les tissus, dans des fermoirs inspirés des disques bi traditionnels, mais aussi à travers les accessoires et les bijoux qui accompagnent les silhouettes. Le jade n’est jamais utilisé de manière décorative : il apporte à la collection une dimension presque spirituelle, renforçant le lien entre vêtement et héritage.

    Des silhouettes en mouvement entre tradition et modernité

    La collection repose sur un équilibre particulièrement maîtrisé. Si les silhouettes s’inspirent de vêtements traditionnels — comme les ruqun ou les robes taille haute héritées de la dynastie Tang — elles sont ici revisitées avec subtilité.

    Allongées, simplifiées et adaptées à un vestiaire contemporain, elles gagnent en fluidité et en légèreté. Malgré ces références historiques marquées, les silhouettes restent modernes : verticales, élégantes, pensées pour accompagner le mouvement. Les vêtements semblent ainsi dérouler une véritable narration visuelle, presque comme une œuvre en mouvement.

    Cette richesse se retrouve également dans le travail des matières. Broderies complexes inspirées de l’artisanat chinois, jeux de textures entre cuir, denim et laine, contrastes entre surfaces mates et brillantes : tout participe à une esthétique maîtrisée. Rien n’est ostentatoire. La richesse est bien présente, mais elle reste contenue, au service du vêtement.

    La palette chromatique joue elle aussi un rôle narratif essentiel. On retrouve des teintes d’orange, de vert et d’or, évoquant l’opulence impériale, mais aussi du blanc, du rouge et des verts plus doux, qui viennent créer des contrastes inspirés d’artefacts historiques. Là encore, la couleur ne surcharge pas : elle raconte.

    Cette collection automne-hiver 2026-2027 s’impose finalement comme une réappropriation culturelle parfaitement maîtrisée. Shiatzy Chen ne se contente pas de citer la culture chinoise : la maison la porte, la structure et la projette dans le présent. Chaque silhouette raconte une histoire — un symbole, une époque, une émotion — portée par une vision du luxe fondée sur le sens, l’héritage et la technique.

  • Joséphine Baker, le musical : un vibrant hommage à une icône engagée

    Le théâtre Bobino célèbre les 50 ans de la disparition de Joséphine Baker avec un musical haut en couleurs. Porté par douze artistes et mis en scène par Jean-Pierre Hadida, ce spectacle retrace avec intensité la vie exceptionnelle de la chanteuse, militante et résistante, de son enfance dans le Missouri à son combat pour les droits civiques.

    Avez-vous déjà rêvé de connaître l’histoire de Joséphine Baker ? Artiste flamboyante, militante infatigable, femme libre et mère de cœur, elle a traversé le XXᵉ siècle avec une force et une audace rares. Cinquante ans après sa disparition, le théâtre Bobino lui rend hommage à travers un musical ambitieux porté par une troupe de douze artistes. Jean-Pierre Hadida signe la scénographie et les musiques, épaulé par Brian Bouillon Baker, l’un des fils adoptifs de la star.

    « Rien n’arrêtait Joséphine Baker. Telle la lumière qui se diffuse dans un prisme, elle nous a inspiré une succession de tableaux hauts en couleurs, des musiques originales dansées qui retracent son siècle d’ombres et de lumière », explique le metteur en scène.

    Un récit complet et émouvant de la vie de Joséphine Baker

    Le spectacle retrace toutes les facettes de cette femme hors du commun. Le récit débute lors de son mariage forcé à 13 ans dans le Missouri, événement déclencheur de son désir d’émancipation. Son arrivée à Paris marque un tournant : elle devient l’une des danseuses les plus convoitées de la capitale, avant de s’engager dans la Résistance puis aux côtés de Martin Luther King contre la ségrégation.

    Le musical évoque également ses amours – de Jean Gabin à Willie Baker en passant par Pépito – ainsi que sa « tribu arc-en-ciel », ses enfants adoptés aux quatre coins du monde. Succès, combats, blessures, triomphes et derniers instants sur scène : rien n’est oublié.

    Une troupe talentueuse et une énergie musicale irrésistible

    Shaina Pronzola et Anaïs Hubert incarnent en alternance la grande Joséphine Baker. Elles sont entourées d’Eline Gallard, Céleste Hauser, Ruben Norguet, Nicolas Toussaint, Joseph de Cange, Delador, Anna Sourice, Thomas Mathieu, Axel Prioton-Alcala, Naomi Jean Romain et Justine Catala.

    Pendant plus d’une heure trente, les tableaux s’enchaînent avec fluidité, portés par des musiques originales inspirées du gospel, du jazz, du blues, du ragtime ou encore de la bossa nova. L’ensemble transmet une palette d’émotions riche, de la joie la plus éclatante à la colère la plus profonde.

    Plus qu’une simple biographie musicale, Joséphine Baker, le musical est un véritable manifeste. Il rappelle l’importance des combats de cette femme visionnaire et l’héritage qu’elle a laissé : celui d’une artiste libre, d’une militante courageuse et d’une figure universelle de tolérance.

    Le spectacle est à découvrir au Théâtre Bobino jusqu’au 26 avril 2026, offrant au public une occasion unique de célébrer la mémoire et la modernité de cette icône intemporelle.

  • Potiche au Théâtre Libre : une version modernisée portée par Clémentine Célarié

    La comédie culte de Barillet et Grédy revient sur scène dans une mise en scène rafraîchissante signée Charles Templon. Avec Clémentine Célarié dans le rôle mythique de Suzanne Pujol, cette nouvelle adaptation de Potiche séduit par son énergie, son humour et un casting parfaitement accordé.

    Potiche fait partie de ces œuvres devenues incontournables. Mais comme tout classique, elle nécessite parfois un renouveau. C’est précisément ce que propose Charles Templon avec cette nouvelle version. Après Jacqueline Maillan et Catherine Deneuve, c’est désormais Clémentine Célarié qui reprend le rôle emblématique de Suzanne Pujol, cette femme au foyer dévouée à son mari, PDG d’une entreprise florissante de parapluies.

    Derrière l’image d’une famille soudée, une crise majeure éclate : Monsieur Pujol (Philippe Uchan) doit faire face à une grève sans précédent. Autoritaire et inflexible, il refuse de céder aux revendications de ses salariés. Lorsque la situation dégénère, Suzanne se retrouve contrainte de reprendre les rênes de l’entreprise, aidée par Nadège (Hugo Bardin), la secrétaire et maîtresse de son mari, ainsi que par un ancien amour. Les rebondissements s’enchaînent, révélant une Suzanne plus forte et déterminée qu’on ne l’imagine.

    Un casting irrésistible et une mise en scène pleine de couleurs

    Écrite en 1980 par Barillet et Grédy puis adaptée au cinéma par François Ozon en 2010, la pièce n’a pas pris une ride. Cette nouvelle version la rend même plus actuelle que jamais. Charles Templon, épaulé par Félix Beaupérin, réussit le pari de moderniser l’ensemble tout en respectant l’esprit original.

    Le casting contribue largement à cette réussite. Clémentine Célarié brille dans ce rôle taillé pour elle, et la complicité avec les autres comédiens renforce l’efficacité comique. Philippe Uchan parvient à rendre presque attachant ce patron tyrannique, tandis que Jérôme Pouly campe un député-maire savoureux. Les enfants, interprétés par Benjamin Siksou et Alexie Ribes, apportent une belle énergie à l’ensemble.

    La grande révélation reste Hugo Bardin, connu du grand public sous le nom de Paloma, première gagnante de Drag Race France. Dans le rôle de la secrétaire excentrique, il offre une performance pétillante et irrésistible.

    La mise en scène, centrée dans le salon de Suzanne Pujol, est un véritable écrin : couleurs vives, décor chaleureux, costumes soignés et lumières parfaitement maîtrisées. Tout concourt à créer un univers cohérent, drôle et visuellement séduisant

    Une version réjouissante à découvrir au Théâtre Libre

    Entre un casting inspiré, une mise en scène dynamique et une histoire toujours aussi savoureuse, cette nouvelle adaptation de Potiche est une belle réussite. Le public parisien peut (re)découvrir cette comédie culte jusqu’au 10 avril au Théâtre Libre, dans le 10ᵉ arrondissement.

    Cette version modernisée réussit à conserver l’esprit pétillant de la pièce originale tout en lui offrant une fraîcheur bienvenue. On ressort du théâtre avec le sourire, porté par l’énergie des comédiens et la finesse de la mise en scène. Une proposition réjouissante, accessible à tous, qui rappelle à quel point Potiche demeure une œuvre intemporelle, drôle et étonnamment actuelle.

  • Bilan de la Fashion Week Haute Couture janvier 2026 : créations, manifestes et polémiques
    Teyana Taylor au défilé Schiaparelli

    La Fashion Week Haute Couture de janvier 2026, qui s’est tenue du 26 au 29 janvier à Paris, a une nouvelle fois démontré que la couture est bien plus qu’un simple exercice de style. Entre premières très attendues, défilés-manifestes et débats autour de l’intelligence artificielle, retour sur une semaine qui a fait vibrer la sphère mode.

    Chanel Haute Couture : la première de Matthieu Blazy

    Tout d’abord, commençons par les petits nouveaux de cette Fashion Week Haute Couture. Pour la première fois, Matthieu Blazy présentait la collection haute couture de la maison Chanel. Pour l’occasion, les invités étaient plongés dans un univers féerique et onirique. Champignons et oiseaux étaient au programme, et pas seulement dans le décor du show.

    Pour cette grande première, Matthieu Blazy a manifestement réussi à convaincre le public avec une collection mêlant des détails naturels à des silhouettes féminines, parfois en tailleurs. Bref, on adore cette hétérogénéité maîtrisée.

    Évidemment, comme pour chaque défilé couture, tous les regards étaient tournés vers la mariée, incarnée par Bhavitha Mandava, déjà aperçue dans les couloirs du métro new-yorkais lors de la présentation de la collection Cruise de la maison. Cette silhouette n’est pas passée inaperçue puisqu’il ne s’agissait pas d’une robe, mais d’un tailleur. Le designer a ainsi décidé de réinventer les codes de la maison à sa manière en proposant un tailleur blanc composé d’une jupe crayon, orné de sequins représentant des oiseaux.

    Jonathan Anderson : une entrée remarquée dans la couture

    De son côté, Jonathan Anderson présentait sa toute première collection haute couture, après le succès de ses collections prêt-à-porter homme et femme. Sous le regard attentif de son prédécesseur John Galliano, le directeur artistique a fait forte impression avec une collection inspirée de l’œuvre de Magdalene Odundo, avec qui il collabore également pour une collection exceptionnelle de Lady Dior.

    Le créateur a opté pour des silhouettes structurées, tout en conservant une certaine transparence et beaucoup de légèreté, sans oublier une palette de couleurs affirmée.

    Viktor & Rolf : la couture comme manifeste artistique

    La maison Viktor & Rolf a elle aussi beaucoup fait parler. En effet, les deux créateurs ont décidé de transformer leur défilé en véritable manifeste artistique. Intitulé Diamond Kite, ce show n’avait pas vocation à être simplement regardé.

    Trente-deux looks ont été dévoilés, tous sobres et de couleur sombre, à un détail près : une seule partie était colorée. Les créateurs ont choisi de retirer cette pièce colorée à chaque mannequin pour l’ajouter, en temps réel, à une silhouette blanche et vierge suspendue au bout du podium. Lors du passage du dernier look, les designers ont ainsi révélé une œuvre complète, point culminant du défilé, portée dans les airs et évoquant la forme d’un cerf-volant.

    Alessandro Michele et le regard du spectateur

    Alessandro Michele a lui aussi décidé de transformer son défilé haute couture en véritable spectacle. Pour l’occasion, les invités observaient chaque silhouette à travers une toute petite fenêtre.

    Les mannequins, présentant une collection inspirée de l’âge d’or hollywoodien, défilaient devant les yeux des invités, collés à leur fenêtre. Une sorte de réinvention du peep-show, qui interroge peut-être l’impact du regard du spectateur sur les collections des créateurs et sur la mode en général.

    Alexis Mabille et l’IA : le défilé qui divise

    Évidemment, impossible de ne pas aborder les sujets qui fâchent. L’un des défilés les plus commentés de cette Fashion Week Haute Couture est celui d’Alexis Mabille. Quelques minutes avant le début du show, les photographes présents ont été invités à sortir, une première.

    Les invités ont alors assisté à l’arrivée des mannequins sur écran. Aucun mannequin réel n’était physiquement présent, tout comme les robes. La raison ? La collection n’existe pas encore matériellement et a été entièrement conçue grâce à l’intelligence artificielle.

    Selon le créateur, cette méthode permettra aux clientes de visualiser les pièces sur un mannequin IA aux mensurations identiques aux leurs, offrant ainsi une meilleure projection lors de l’achat. Alexis Mabille précise toutefois avoir travaillé pendant de longs mois sur cette collection, en collaboration étroite avec les équipes de Gloria, en charge de la conceptualisation, et avec ses petites mains. Certaines silhouettes auraient nécessité plus de 300 essais.

    « L’idée était de prendre l’IA à contre-courant, pour montrer que l’humain demeure nécessaire derrière. Sans nos idées, sans les mains des techniciens, il ne se passe finalement pas grand-chose, si ce n’est des choses dégénératives », explique-t-il.

    Cependant, la Fédération de la Haute Couture et de la Mode ne semble pas partager cette vision. Comme vous le savez, figurer au calendrier officiel de la haute couture implique de nombreux critères, dont la présentation de véritables silhouettes physiques.