Avec Inferno, Bobino se transforme en club disco géant le temps d’une soirée. Entre tubes cultes, énergie communicative et récit engagé, le spectacle offre une parenthèse festive qui séduira les nostalgiques des années 70 comme les amateurs de comédies musicales contemporaines.
Faire revivre l’âge d’or du disco sans tomber dans la simple succession de tubes est un exercice délicat. Avec Inferno, produit par Hérisson Production et présenté au Bobino, le pari est en grande partie réussi. Dès les premières minutes, le public est plongé dans l’ambiance électrique des grandes nuits parisiennes de la fin des années 70. Plateformes, boules à facettes et lumières colorées installent le décor d’un club où tout semble possible.
Porté par la direction musicale de Christophe Jambois, le spectacle enchaîne les classiques de Donna Summer, Gloria Gaynor, Chic, Diana Ross ou encore Stevie Wonder avec une énergie contagieuse. La salle se laisse rapidement embarquer par cette playlist efficace qui fait office de véritable machine à remonter le temps. Les voix sont également au rendez-vous, permettant aux standards du disco de conserver toute leur puissance émotionnelle et festive. Mais Inferno ne se contente pas d’aligner des succès musicaux. La mise en scène et les chorégraphies de Cécile Chaduteau donnent du rythme au récit et permettent d’incarner une époque marquée par les évolutions sociales, les combats pour les libertés individuelles et l’émancipation.
Un casting convaincant au service d’un récit inclusif
L’un des principaux atouts du spectacle réside dans sa distribution. Carmen Maria Vega apporte toute son intensité scénique à un personnage fort tandis que Pierre-Antoine Brunet, aperçu notamment dans le Pit Crew de Drag Race France, confirme sa présence naturelle sur scène. À leurs côtés, Andie Masaza, remarquée dans Dirty Dancing, et Marc Boutavant, vu récemment dans Tout pour la lumière, participent à la solidité de l’ensemble.
Autour de ces artistes gravite une troupe complète de chanteurs et danseurs particulièrement investis. Cette diversité se retrouve également dans l’écriture du spectacle. Autre atout majeur : la présence d’un groupe jouant en direct tout au long de la représentation. Loin d’un simple accompagnement musical, les musiciens participent pleinement à l’énergie du spectacle et apportent une authenticité bienvenue à cette plongée dans l’âge d’or du disco. Cette dimension live renforce l’immersion et donne aux standards interprétés sur scène une puissance supplémentaire.
Loin de certains récits musicaux encore très centrés sur les histoires d’amour traditionnelles, Inferno choisit de mettre en avant des personnages féminins indépendants, qui mènent leurs propres combats et prennent leur destin en main. Le spectacle marque aussi des points par sa représentation des différentes identités. Le couple central est homosexuel sans que cela ne constitue un enjeu dramatique particulier. Ce traitement naturel apporte de la modernité au récit et reflète finalement l’esprit de liberté associé à la culture disco.
Entre pièce de théâtre et concert, une identité parfois hésitante
Si Inferno séduit par son énergie et son engagement, quelques réserves subsistent. La principale concerne sa forme. Contrairement à ce que certains spectateurs pourraient attendre, il ne s’agit pas véritablement d’une comédie musicale au sens classique du terme. Le spectacle s’apparente davantage à une pièce de théâtre ponctuée d’intermèdes musicaux.
Cette structure crée parfois une certaine rupture entre les scènes dialoguées, jouées en français, et les chansons interprétées en anglais. Les numéros musicaux sont efficaces mais ne participent pas toujours directement à l’avancée de l’intrigue. Certains passages donnent davantage l’impression d’assister à un concert hommage au disco qu’à une narration continue. On pourra également regretter quelques choix visuels. La présence régulière des techniciens reste visible depuis la salle et peut parfois casser l’illusion théâtrale.
Malgré ces quelques défauts, Inferno remplit largement sa mission : faire danser, chanter et célébrer l’esprit de liberté propre à la culture disco. Servi par un casting généreux, une bande-son redoutablement efficace et un récit aux thématiques actuelles, le spectacle s’impose comme une sortie particulièrement divertissante de la saison parisienne. Une soirée où l’on vient autant pour l’histoire que pour le plaisir de redécouvrir, en live, les hymnes d’une époque qui continue de faire vibrer plusieurs générations.

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