• Ujoh : l’élégance en tension

    Avec sa collection automne-hiver 2026-2027, Ujoh met le tailoring à l’épreuve. Entre rigueur et déconstruction, influences grunge et savoir-faire japonais, la marque signe une mode en déséquilibre maîtrisé, où l’élégance naît de la contradiction.

    Pour cette saison automne-hiver 2026-2027, Ujoh choisit de surprendre avec une nouvelle esthétique. Si le travail autour du tailoring — véritable ADN de la maison — se poursuit, il est désormais mis sous tension, oscillant entre rigueur et désordre. Le duo créatif s’interroge sur ses propres fondations à travers le concept d’antithèse. Structure, codes, identité du vêtement : tout est questionné.

    Mais ici, il ne s’agit pas de trouver des réponses. La collection expose plutôt des contradictions : le désordre peut-il coexister avec l’élégance ? Le minimalisme peut-il dialoguer avec une attitude grunge ? Ujoh ne tranche pas, la maison met en scène ces oppositions et en fait le cœur de sa proposition.

    Un tailoring déconstruit, terrain d’expérimentation

    Chez Ujoh, le tailoring reste central. Blazers, manteaux et tailleurs sont bien présents, mais revisités : coupés, zippés, fragmentés, traversés de lignes inattendues, ils sont déconstruits sans jamais perdre leur rigueur initiale. Les fermetures éclair viennent littéralement interrompre les lignes traditionnelles et redessiner la silhouette.

    Le résultat est troublant : le vêtement semble hésiter entre contrôle et rupture.

    Au-delà de ces pièces structurées, le reste du vestiaire prolonge cette idée de déséquilibre. Volumes relâchés, proportions décalées, asymétries marquées : tout participe à une esthétique volontairement instable. Pourtant, rien n’est laissé au hasard. Le chaos est orchestré, le désordre parfaitement maîtrisé.

    Pour renforcer cette tension, la maison convoque une référence forte : le grunge des années 90. Mais loin d’un simple revival nostalgique, il s’agit ici d’une attitude. Une énergie nonchalante se dégage à travers des matières plus brutes, des carreaux, et une certaine liberté dans le styling.

    Matières et palette : une modernité entre tradition et innovation

    Le travail textile reste un pilier fondamental chez Ujoh, et cette collection ne fait pas exception. La marque utilise des tissus tissés au Japon sur des métiers anciens, associés à des nylons techniques et des textures parfois translucides.

    Là encore, la tension est au cœur du propos : tradition et innovation ne s’opposent plus, elles coexistent. Ces matières permettent aussi de révéler la construction interne du vêtement. Les coutures apparaissent, la structure se dévoile, comme si la maison invitait à regarder l’envers du décor.

    La palette chromatique accompagne cette esthétique introspective. Dominée par des tons sobres — noir, chocolat, bois de rose — elle est ponctuée de touches de vert profond, de blanc et de beige. Des couleurs qui renforcent l’idée d’une mode contenue, presque intérieure.

    Vous l’aurez compris, cette collection est avant tout un questionnement. Ujoh ne cherche pas à apporter des réponses toutes faites, mais à ouvrir un dialogue. La maison traduit une époque où l’esthétique se déséquilibre, où le vestiaire n’est plus figé mais en constante évolution.

    Le doute devient alors une force créative. Il permet de faire émerger une nouvelle forme de modernité : moins lisse, plus brute, plus honnête.

  • La mode comme héritage vivant chez Shiatzy Chen

    Avec sa collection automne-hiver 2026-2027, Shiatzy Chen transforme la mode en récit culturel. Entre références à la dynastie Tang, symbolique du jade et silhouettes en mouvement, la maison propose une vision du luxe où tradition et modernité coexistent sans jamais s’opposer.

    Alors que la Paris Fashion Week s’apprête à se clôturer ce lundi 9 mars, Shiatzy Chen dévoile sa collection automne-hiver 2026-2027. Un défilé qui confirme la singularité de la maison, portée par une mode qui dialogue constamment entre héritage culturel et modernité occidentale. Cette saison, la directrice artistique Wang Chen Tsai-Hsia pousse encore plus loin cette réflexion en s’ancrant dans une référence historique majeure : la dynastie Tang, période d’âge d’or artistique et culturel en Chine. Fidèle à son approche, la créatrice ne livre pas une reconstitution, mais une interprétation. Chaque pièce devient un fragment d’histoire réinventé, une traduction contemporaine du patrimoine. Ici, la mode agit comme un véritable outil de transmission culturelle.

    Le jade, symbole central d’un vestiaire spirituel

    Pour construire cette collection, Wang Chen Tsai-Hsia s’appuie sur un élément clé : le jade. Associée à la pureté, à la protection et à l’immortalité, cette pierre dépasse largement le statut d’ornement. Elle devient à la fois symbole, motif et matière intégrée au vêtement.

    On la retrouve en incrustation dans les tissus, dans des fermoirs inspirés des disques bi traditionnels, mais aussi à travers les accessoires et les bijoux qui accompagnent les silhouettes. Le jade n’est jamais utilisé de manière décorative : il apporte à la collection une dimension presque spirituelle, renforçant le lien entre vêtement et héritage.

    Des silhouettes en mouvement entre tradition et modernité

    La collection repose sur un équilibre particulièrement maîtrisé. Si les silhouettes s’inspirent de vêtements traditionnels — comme les ruqun ou les robes taille haute héritées de la dynastie Tang — elles sont ici revisitées avec subtilité.

    Allongées, simplifiées et adaptées à un vestiaire contemporain, elles gagnent en fluidité et en légèreté. Malgré ces références historiques marquées, les silhouettes restent modernes : verticales, élégantes, pensées pour accompagner le mouvement. Les vêtements semblent ainsi dérouler une véritable narration visuelle, presque comme une œuvre en mouvement.

    Cette richesse se retrouve également dans le travail des matières. Broderies complexes inspirées de l’artisanat chinois, jeux de textures entre cuir, denim et laine, contrastes entre surfaces mates et brillantes : tout participe à une esthétique maîtrisée. Rien n’est ostentatoire. La richesse est bien présente, mais elle reste contenue, au service du vêtement.

    La palette chromatique joue elle aussi un rôle narratif essentiel. On retrouve des teintes d’orange, de vert et d’or, évoquant l’opulence impériale, mais aussi du blanc, du rouge et des verts plus doux, qui viennent créer des contrastes inspirés d’artefacts historiques. Là encore, la couleur ne surcharge pas : elle raconte.

    Cette collection automne-hiver 2026-2027 s’impose finalement comme une réappropriation culturelle parfaitement maîtrisée. Shiatzy Chen ne se contente pas de citer la culture chinoise : la maison la porte, la structure et la projette dans le présent. Chaque silhouette raconte une histoire — un symbole, une époque, une émotion — portée par une vision du luxe fondée sur le sens, l’héritage et la technique.

  • Joséphine Baker, le musical : un vibrant hommage à une icône engagée

    Le théâtre Bobino célèbre les 50 ans de la disparition de Joséphine Baker avec un musical haut en couleurs. Porté par douze artistes et mis en scène par Jean-Pierre Hadida, ce spectacle retrace avec intensité la vie exceptionnelle de la chanteuse, militante et résistante, de son enfance dans le Missouri à son combat pour les droits civiques.

    Avez-vous déjà rêvé de connaître l’histoire de Joséphine Baker ? Artiste flamboyante, militante infatigable, femme libre et mère de cœur, elle a traversé le XXᵉ siècle avec une force et une audace rares. Cinquante ans après sa disparition, le théâtre Bobino lui rend hommage à travers un musical ambitieux porté par une troupe de douze artistes. Jean-Pierre Hadida signe la scénographie et les musiques, épaulé par Brian Bouillon Baker, l’un des fils adoptifs de la star.

    « Rien n’arrêtait Joséphine Baker. Telle la lumière qui se diffuse dans un prisme, elle nous a inspiré une succession de tableaux hauts en couleurs, des musiques originales dansées qui retracent son siècle d’ombres et de lumière », explique le metteur en scène.

    Un récit complet et émouvant de la vie de Joséphine Baker

    Le spectacle retrace toutes les facettes de cette femme hors du commun. Le récit débute lors de son mariage forcé à 13 ans dans le Missouri, événement déclencheur de son désir d’émancipation. Son arrivée à Paris marque un tournant : elle devient l’une des danseuses les plus convoitées de la capitale, avant de s’engager dans la Résistance puis aux côtés de Martin Luther King contre la ségrégation.

    Le musical évoque également ses amours – de Jean Gabin à Willie Baker en passant par Pépito – ainsi que sa « tribu arc-en-ciel », ses enfants adoptés aux quatre coins du monde. Succès, combats, blessures, triomphes et derniers instants sur scène : rien n’est oublié.

    Une troupe talentueuse et une énergie musicale irrésistible

    Shaina Pronzola et Anaïs Hubert incarnent en alternance la grande Joséphine Baker. Elles sont entourées d’Eline Gallard, Céleste Hauser, Ruben Norguet, Nicolas Toussaint, Joseph de Cange, Delador, Anna Sourice, Thomas Mathieu, Axel Prioton-Alcala, Naomi Jean Romain et Justine Catala.

    Pendant plus d’une heure trente, les tableaux s’enchaînent avec fluidité, portés par des musiques originales inspirées du gospel, du jazz, du blues, du ragtime ou encore de la bossa nova. L’ensemble transmet une palette d’émotions riche, de la joie la plus éclatante à la colère la plus profonde.

    Plus qu’une simple biographie musicale, Joséphine Baker, le musical est un véritable manifeste. Il rappelle l’importance des combats de cette femme visionnaire et l’héritage qu’elle a laissé : celui d’une artiste libre, d’une militante courageuse et d’une figure universelle de tolérance.

    Le spectacle est à découvrir au Théâtre Bobino jusqu’au 26 avril 2026, offrant au public une occasion unique de célébrer la mémoire et la modernité de cette icône intemporelle.

  • Potiche au Théâtre Libre : une version modernisée portée par Clémentine Célarié

    La comédie culte de Barillet et Grédy revient sur scène dans une mise en scène rafraîchissante signée Charles Templon. Avec Clémentine Célarié dans le rôle mythique de Suzanne Pujol, cette nouvelle adaptation de Potiche séduit par son énergie, son humour et un casting parfaitement accordé.

    Potiche fait partie de ces œuvres devenues incontournables. Mais comme tout classique, elle nécessite parfois un renouveau. C’est précisément ce que propose Charles Templon avec cette nouvelle version. Après Jacqueline Maillan et Catherine Deneuve, c’est désormais Clémentine Célarié qui reprend le rôle emblématique de Suzanne Pujol, cette femme au foyer dévouée à son mari, PDG d’une entreprise florissante de parapluies.

    Derrière l’image d’une famille soudée, une crise majeure éclate : Monsieur Pujol (Philippe Uchan) doit faire face à une grève sans précédent. Autoritaire et inflexible, il refuse de céder aux revendications de ses salariés. Lorsque la situation dégénère, Suzanne se retrouve contrainte de reprendre les rênes de l’entreprise, aidée par Nadège (Hugo Bardin), la secrétaire et maîtresse de son mari, ainsi que par un ancien amour. Les rebondissements s’enchaînent, révélant une Suzanne plus forte et déterminée qu’on ne l’imagine.

    Un casting irrésistible et une mise en scène pleine de couleurs

    Écrite en 1980 par Barillet et Grédy puis adaptée au cinéma par François Ozon en 2010, la pièce n’a pas pris une ride. Cette nouvelle version la rend même plus actuelle que jamais. Charles Templon, épaulé par Félix Beaupérin, réussit le pari de moderniser l’ensemble tout en respectant l’esprit original.

    Le casting contribue largement à cette réussite. Clémentine Célarié brille dans ce rôle taillé pour elle, et la complicité avec les autres comédiens renforce l’efficacité comique. Philippe Uchan parvient à rendre presque attachant ce patron tyrannique, tandis que Jérôme Pouly campe un député-maire savoureux. Les enfants, interprétés par Benjamin Siksou et Alexie Ribes, apportent une belle énergie à l’ensemble.

    La grande révélation reste Hugo Bardin, connu du grand public sous le nom de Paloma, première gagnante de Drag Race France. Dans le rôle de la secrétaire excentrique, il offre une performance pétillante et irrésistible.

    La mise en scène, centrée dans le salon de Suzanne Pujol, est un véritable écrin : couleurs vives, décor chaleureux, costumes soignés et lumières parfaitement maîtrisées. Tout concourt à créer un univers cohérent, drôle et visuellement séduisant

    Une version réjouissante à découvrir au Théâtre Libre

    Entre un casting inspiré, une mise en scène dynamique et une histoire toujours aussi savoureuse, cette nouvelle adaptation de Potiche est une belle réussite. Le public parisien peut (re)découvrir cette comédie culte jusqu’au 10 avril au Théâtre Libre, dans le 10ᵉ arrondissement.

    Cette version modernisée réussit à conserver l’esprit pétillant de la pièce originale tout en lui offrant une fraîcheur bienvenue. On ressort du théâtre avec le sourire, porté par l’énergie des comédiens et la finesse de la mise en scène. Une proposition réjouissante, accessible à tous, qui rappelle à quel point Potiche demeure une œuvre intemporelle, drôle et étonnamment actuelle.

  • Bilan de la Fashion Week Haute Couture janvier 2026 : créations, manifestes et polémiques
    Teyana Taylor au défilé Schiaparelli

    La Fashion Week Haute Couture de janvier 2026, qui s’est tenue du 26 au 29 janvier à Paris, a une nouvelle fois démontré que la couture est bien plus qu’un simple exercice de style. Entre premières très attendues, défilés-manifestes et débats autour de l’intelligence artificielle, retour sur une semaine qui a fait vibrer la sphère mode.

    Chanel Haute Couture : la première de Matthieu Blazy

    Tout d’abord, commençons par les petits nouveaux de cette Fashion Week Haute Couture. Pour la première fois, Matthieu Blazy présentait la collection haute couture de la maison Chanel. Pour l’occasion, les invités étaient plongés dans un univers féerique et onirique. Champignons et oiseaux étaient au programme, et pas seulement dans le décor du show.

    Pour cette grande première, Matthieu Blazy a manifestement réussi à convaincre le public avec une collection mêlant des détails naturels à des silhouettes féminines, parfois en tailleurs. Bref, on adore cette hétérogénéité maîtrisée.

    Évidemment, comme pour chaque défilé couture, tous les regards étaient tournés vers la mariée, incarnée par Bhavitha Mandava, déjà aperçue dans les couloirs du métro new-yorkais lors de la présentation de la collection Cruise de la maison. Cette silhouette n’est pas passée inaperçue puisqu’il ne s’agissait pas d’une robe, mais d’un tailleur. Le designer a ainsi décidé de réinventer les codes de la maison à sa manière en proposant un tailleur blanc composé d’une jupe crayon, orné de sequins représentant des oiseaux.

    Jonathan Anderson : une entrée remarquée dans la couture

    De son côté, Jonathan Anderson présentait sa toute première collection haute couture, après le succès de ses collections prêt-à-porter homme et femme. Sous le regard attentif de son prédécesseur John Galliano, le directeur artistique a fait forte impression avec une collection inspirée de l’œuvre de Magdalene Odundo, avec qui il collabore également pour une collection exceptionnelle de Lady Dior.

    Le créateur a opté pour des silhouettes structurées, tout en conservant une certaine transparence et beaucoup de légèreté, sans oublier une palette de couleurs affirmée.

    Viktor & Rolf : la couture comme manifeste artistique

    La maison Viktor & Rolf a elle aussi beaucoup fait parler. En effet, les deux créateurs ont décidé de transformer leur défilé en véritable manifeste artistique. Intitulé Diamond Kite, ce show n’avait pas vocation à être simplement regardé.

    Trente-deux looks ont été dévoilés, tous sobres et de couleur sombre, à un détail près : une seule partie était colorée. Les créateurs ont choisi de retirer cette pièce colorée à chaque mannequin pour l’ajouter, en temps réel, à une silhouette blanche et vierge suspendue au bout du podium. Lors du passage du dernier look, les designers ont ainsi révélé une œuvre complète, point culminant du défilé, portée dans les airs et évoquant la forme d’un cerf-volant.

    Alessandro Michele et le regard du spectateur

    Alessandro Michele a lui aussi décidé de transformer son défilé haute couture en véritable spectacle. Pour l’occasion, les invités observaient chaque silhouette à travers une toute petite fenêtre.

    Les mannequins, présentant une collection inspirée de l’âge d’or hollywoodien, défilaient devant les yeux des invités, collés à leur fenêtre. Une sorte de réinvention du peep-show, qui interroge peut-être l’impact du regard du spectateur sur les collections des créateurs et sur la mode en général.

    Alexis Mabille et l’IA : le défilé qui divise

    Évidemment, impossible de ne pas aborder les sujets qui fâchent. L’un des défilés les plus commentés de cette Fashion Week Haute Couture est celui d’Alexis Mabille. Quelques minutes avant le début du show, les photographes présents ont été invités à sortir, une première.

    Les invités ont alors assisté à l’arrivée des mannequins sur écran. Aucun mannequin réel n’était physiquement présent, tout comme les robes. La raison ? La collection n’existe pas encore matériellement et a été entièrement conçue grâce à l’intelligence artificielle.

    Selon le créateur, cette méthode permettra aux clientes de visualiser les pièces sur un mannequin IA aux mensurations identiques aux leurs, offrant ainsi une meilleure projection lors de l’achat. Alexis Mabille précise toutefois avoir travaillé pendant de longs mois sur cette collection, en collaboration étroite avec les équipes de Gloria, en charge de la conceptualisation, et avec ses petites mains. Certaines silhouettes auraient nécessité plus de 300 essais.

    « L’idée était de prendre l’IA à contre-courant, pour montrer que l’humain demeure nécessaire derrière. Sans nos idées, sans les mains des techniciens, il ne se passe finalement pas grand-chose, si ce n’est des choses dégénératives », explique-t-il.

    Cependant, la Fédération de la Haute Couture et de la Mode ne semble pas partager cette vision. Comme vous le savez, figurer au calendrier officiel de la haute couture implique de nombreux critères, dont la présentation de véritables silhouettes physiques.

  • Rami Al Ali, ou la couture comme langage de l’équilibre


    Avec Fragments in Harmony, Rami Al Ali signe une collection couture printemps-été 2026 à contre-courant du spectaculaire. Inspiré par Rumi, le créateur imagine une mode où fragmentation et harmonie coexistent, donnant naissance à une silhouette fluide, sensorielle et profondément contemporaine.

    Non loin de la Place Vendôme se tenait le défilé de la collection de Rami Al Ali. Intitulée Fragments in Harmony, elle propose une approche presque philosophique de la haute couture. Pour cette saison printemps-été 2026, le designer s’inspire du poète du XIIIe siècle Rumi. Ce nouveau vestiaire repose sur une idée centrale : les opposés ne s’opposent pas réellement, ils coexistent pour créer une forme d’équilibre.

    Ce principe se traduit directement dans le vêtement. Pour ce faire, Rami Al Ali joue avec la fragmentation, la superposition et les contrastes de matières. Tout semble éclaté, mais rien n’est laissé au hasard — bien au contraire. Chaque élément participe à une construction globale extrêmement maîtrisée. Ici, la couture ne cherche pas à impressionner immédiatement : elle se révèle dans le temps.

    Une couture du mouvement, entre fluidité et recomposition

    Il n’est pas question pour Rami Al Ali d’imposer un vestiaire trop structuré. Le mouvement devient alors le point de départ. Les silhouettes s’allongent, se recomposent, jouent avec les reflets et évoluent avec le corps. Un seul mot d’ordre : le vêtement n’est jamais figé. Il respire, glisse, se transforme à chaque pas.

    Le travail de superposition — presque instinctif — se construit à travers l’utilisation de satin, de crêpe, de mikado structuré ou encore d’organza fluide. Chaque matière réagit différemment à la lumière et au mouvement, apportant profondeur et nuance. Le résultat est une collection plus organique, moins rigide.

    À première vue, une impression de douceur et de sobriété domine. Mais en s’attardant, les détails apparaissent : broderies inspirées de tapis persans, sequins intégrés avec précision. Une subtilité essentielle, où le détail existe sans jamais devenir démonstratif.

    Une palette apaisée pour une couture sensorielle

    La palette chromatique s’inscrit dans cette même logique d’équilibre. Inspirée de l’océan, elle décline des teintes comme l’oyster grège, le rose coquillage, le vert écume ou encore le corail profond. Des couleurs presque minérales, qui renforcent cette sensation de fluidité et d’apaisement. Ici, la couleur ne dramatise pas : elle calme, elle équilibre.

    Avec cette collection haute couture, Rami Al Ali défend une vision plus sensorielle, presque spirituelle de la mode. Le vestiaire cherche à provoquer une sensation, une contemplation, une émotion lente. Le défilé lui-même s’inscrit dans cette retenue, loin du spectaculaire.

    Le couturier revendique une approche plus essentielle : moins de mise en scène pour mieux révéler les silhouettes, et recentrer le regard sur le sens premier du luxe — la technique, la subtilité, la durée. La femme Rami Al Ali n’est pas dans la démonstration : elle incarne une élégance calme, et existe davantage dans le mouvement que dans la pose.

  • Georges Chakra, ou la couture comme architecture du pouvoir

    Avec sa collection printemps-été 2026, Georges Chakra redéfinit les contours du glamour couture. Entre silhouettes sculpturales, références historiques et minimalisme maîtrisé, la maison dessine une nouvelle figure de la Parisienne : structurée, assurée, presque souveraine.

    Un grand silence, puis les premières notes de Berghain, titre issu du nouvel album de Rosalía, résonnent dans l’enceinte du Palais de Chaillot. À l’instar de la chanteuse, Georges Chakra annonce un renouveau avec cette collection printemps-été 2026, qui oscille entre maximalisme et minimalisme. L’objectif ? Abandonner la nostalgie pour affirmer une nouvelle autorité. Mais attention : le directeur artistique ne cherche pas la rupture, plutôt un réajustement. Il revisite ses propres codes — glamour, théâtralité, féminité — pour les épurer et les projeter dans une modernité assumée. On assiste à la naissance d’une nouvelle Parisienne : non plus décorative, mais structurée et conquérante. Le passé, lui, n’est pas effacé, il devient un vocabulaire au service de ce nouveau vestiaire.

    Une couture de la structure et de la posture

    La proposition la plus forte de cette collection réside sans doute dans sa construction, pensée comme une véritable architecture. Les silhouettes sont conçues comme des structures : tailles marquées par des peplums, jupes décollées du corps grâce à des ourlets ballon, bustiers corsetés, manches sculpturales. Le corps est maîtrisé. La couture devient un outil de posture : elle redresse, encadre, impose.

    Mais la lecture évolue au fil des passages. De loin, les lignes apparaissent pures, les volumes clairs. De près, la richesse se révèle : broderies denses, perles, textures en relief, ornements minutieux qui épousent l’architecture du vêtement. Georges Chakra réussit ici à incarner une tension propre à la haute couture : une simplicité apparente dissimulant une complexité extrême dans le détail.

    Une douceur chromatique au service de la puissance

    La palette de couleurs traduit parfaitement cette volonté structurelle. À première vue, les teintes semblent extrêmement douces : ivoire, nude, rose poudré. Mais en s’attardant, on découvre une gamme plus subtile : blanc craie, or pâle, touches d’abricot, de lavande ou de melon.

    Ce choix s’avère stratégique. Il évite toute surcharge visuelle, met en valeur le travail de coupe et de broderie, et adoucit des silhouettes qui pourraient autrement paraître trop autoritaires. Une manière habile d’équilibrer force et délicatesse.

    Cette collection s’impose comme un manifeste. Georges Chakra semble vouloir s’éloigner de l’effet “instagrammable” de la mode pour revenir à l’essence même de la couture : la construction. Elle affirme aussi une féminité plus déterminée. La femme Chakra se tient droite, occupe l’espace, et ne se définit plus par une séduction passive. Même sa douceur est pensée, presque stratégique.

    Avec cette proposition, la maison s’inscrit dans une évolution vers la modernité, sans rupture brutale. Une manière de rester fidèle à son ADN tout en redéfinissant les contours du glamour contemporain.

  • Rahul Mishra Haute Couture Printemps‑Été 2026 : un jardin céleste entre artisanat extrême et poésie végétale

    Au Palais de Tokyo, Rahul Mishra a dévoilé sa collection haute couture printemps‑été 2026, une célébration spectaculaire du vivant. Entre broderies en 3D, silhouettes‑sculptures et palette inspirée des éléments, le créateur indien signe un défilé où l’artisanat atteint une dimension presque cosmique, transformant chaque modèle en créature d’un jardin céleste.

    Au cœur du Palais de Tokyo, Rahul Mishra a présenté sa collection printemps‑été 2026 lors de la première journée de la Fashion Week haute couture. Les invités avaient rendez‑vous ce lundi 26 janvier pour découvrir toutes les silhouettes imaginées par le directeur artistique. Une ode aux quatre éléments, mettant en avant un artisanat poussé à l’extrême, ainsi qu’une dimension spirituelle et un imaginaire végétal foisonnant. Chaque silhouette raconte une histoire, et les modèles qui les portent incarnent des créatures issues d’un jardin céleste, presque rêvé par le couturier.

    Des silhouettes‑sculptures entre faune, flore et architecture textile

    Parlons d’abord des sculptures que deviennent ici les silhouettes — et il y a beaucoup à dire. Le regard se porte immédiatement sur le travail spectaculaire des volumes et des textures. Même si cela fait désormais partie de sa signature, il faut reconnaître que, de saison en saison, Rahul Mishra parvient encore à surprendre. Cette fois, on remarque particulièrement les robes‑sculptures : certaines sont ornées de fleurs en 3D, d’autres bordées de coraux ou de feuillages déployés. On découvre aussi des silhouettes aériennes, dont les tissus semblent flotter autour du corps, comme retenus sur terre uniquement par le modèle qui les porte. Avec leurs formes de spirales, de pétales ou d’ailes, ces architectures évoquent autant la faune que la flore, manifestement un thème central de cette collection. Le tout est sublimé par un jeu de transparence qui laisse deviner la peau sans jamais trop en dévoiler, comme pour préserver une dimension sacrée du corps. Une fois de plus, Rahul Mishra montre son attachement profond à l’art, traitant sa collection comme une œuvre à part entière, entre délicatesse organique et complexité technique.

    Couleurs solaires et matières aériennes : la nature comme langage couture

    Pour enrichir son propos, le couturier puise sa palette de couleurs et de matières dans le vivant : des jaunes solaires et des ors rappelant l’astre qui éclaire et permet la floraison ; des bleus profonds, symboles du ciel et de l’océan ; des verts luxuriants évoquant la présence végétale ; et enfin des touches de rose, de violet et de blanc pour souligner la dimension florale. Ces couleurs se déploient sur des matières aériennes mais architecturales, comme le tulle, l’organza, la soie, les perles ou les sequins. Les silhouettes dialoguent avec la lumière, révélant leurs reliefs et toute la richesse de leurs détails.

    Cette collection haute couture printemps‑été 2026 est un véritable manifeste pour Rahul Mishra : celui d’imposer l’artisanat et le savoir‑faire indien tout en explorant, presque de manière surréaliste, le lien entre microcosme et macrocosme. Le corps devient un organisme vivant, rendant hommage à la planète de la plus belle des manières. Rahul Mishra reste fidèle à lui‑même : un créateur‑poète qui nous livre une histoire singulière à travers chaque pièce.

  • Patou automne‑hiver 2026‑2027 : Guillaume Henry signe une collection lumineuse malgré la grisaille

    Au Palais de Tokyo, Guillaume Henry a dévoilé pour Patou une collection automne‑hiver 2026‑2027 vibrante et poétique. Entre silhouettes modulables, couleurs éclatantes et matières contrastées, le directeur artistique imagine une femme moderne, libre et joyeuse, qui traverse l’hiver avec élégance et optimisme.

    Comme pour chaque collection, Guillaume Henry nous emmène dans son univers pour la maison Patou. Ce dimanche 25 janvier, au cœur du Palais de Tokyo, le directeur artistique a dévoilé les silhouettes imaginées pour sa collection automne‑hiver 2026‑2027. Alors qu’une pluie battante s’abat sur la capitale, les nombreux invités VIP se succèdent pour découvrir comment la femme de 2026 oscille entre le jour et la nuit, entre la working girl affirmée et la party girl. Une versatilité modulable qui joue sur les contrastes tout en restant parfaitement cohérente.

    Des silhouettes entre confort, sophistication et espièglerie

    De nombreuses silhouettes défilent sur le podium, mettant en avant une élégance décontractée et une féminité assumée. Guillaume Henry imagine une femme Patou qui combine confort, sophistication et, bien sûr, une pointe d’espièglerie. Pour cela, il choisit des jupes longues à volants aux motifs tartan, associées à un pull écru ou à une chemise vert émeraude. Côté robes, on retrouve de la maille gaufrée agrémentée de patchworks colorés, avec une coupe moulante et un col montant. Pour adoucir cette rigueur, le directeur artistique dessine de nombreux manteaux oversized rose bonbon, rappelant les sixties, mais toujours douillets — saison hivernale oblige. Et pour accessoiriser les silhouettes, quoi de mieux que des bottes hautes en vinyle ? La touche de sensualité assumée que recherche la femme Patou.

    Couleurs vibrantes et matières contrastées : l’ADN Patou revisité

    La palette de couleurs est choisie avec minutie afin de faire ressortir le romantisme moderne et le pragmatisme chic de la collection. Outre le rose bonbon des manteaux, Guillaume Henry utilise des roses vibrants, des verts profonds et des oranges veloutés pour illuminer l’ensemble. Oui, c’est l’hiver, mais la couleur ne doit pas disparaître de nos garde‑robes. Côté matières, la collection joue sur les contrastes, comme le montre le moodboard : patchworks, velours, dentelle, soie, maille gaufrée ou encore vinyle brillant dialoguent pour créer une richesse visuelle et tactile.

    En bref, la femme Patou selon Guillaume Henry s’affirme dans un éclectisme maîtrisé, à la fois poétique et optimiste. Cette collection automne‑hiver refuse de se laisser atteindre par le ciel gris : elle veut montrer que chacun peut être joyeux, libre et élégant, peu importe la manière — car ce sont les détails qui comptent.

  • SSSTEIN Automne/Hiver 2026-2027 : une masculinité architecturale et protectrice

    Présentée lors de la Paris Fashion Week, la collection Automne/Hiver 2026-2027 de SSSTEIN explore une vision contemporaine de la masculinité. Entre rigueur, modularité et protection, la maison propose un vestiaire sculptural où volumes, matières et couleurs dessinent un tailoring hybride, à la fois minimaliste et utilitaire.

    La pureté des lignes, la superposition maîtrisée et une palette froide : voilà les trois principales caractéristiques de la collection automne/hiver 2026-2027. La maison dévoile des silhouettes masculines très structurelles, dans lesquelles les vêtements deviennent des objets modulaires, capables de s’adapter aux variations du temps et de la vie de celui qui les porte. Finalement, la collection SSSTEIN apparaît comme une protection destinée à accompagner l’homme face aux aléas du quotidien. La maison propose ainsi un vestiaire dont la vision de la masculinité s’éloigne de toute idée de spectaculaire. Place à la force tranquille. Même si les silhouettes sont imposantes, elles ne sont jamais agressives. Les matières sont robustes, oui, mais raffinées. Même les couleurs restent sobres tout en étant profondes. L’ensemble crée une atmosphère dans laquelle l’homme SSSTEIN semble maîtriser non seulement lui-même, mais presque aussi l’environnement qui l’entoure. La collection traduit une certaine résilience et une structure assumée.

    Un tailoring protecteur et maîtrisé

    Pour cette saison, SSSTEIN a décidé de jouer sur les volumes. D’abord grâce aux coupes oversize : épaules élargies, manteaux longs et structurés qui contrastent avec des pièces plus proches du corps, permettant une alternance entre ampleur et précision. On retrouve également des chemises allongées, des pantalons fluides associés à des bottes massives. La construction des silhouettes crée ainsi du relief. On remarque aussi la présence de fermetures apparentes, de poches multiples — parfois démesurées —, de capuches intégrées et de coupes asymétriques. SSSTEIN propose un vestiaire hybride qui réinvente un tailoring à la fois minimaliste et utilitaire. Visuellement, la collection offre une dynamique parfaitement maîtrisée.

    Des volumes architecturés pour une silhouette résiliente

    Du côté de la palette chromatique, peu de surprises. S’il y a une nouvelle interprétation du tailoring, le directeur artistique a choisi de jouer avec l’imaginaire traditionnel de la saison automne/hiver. On retrouve des gris minéraux, du clair au graphite, mais aussi des noirs profonds et même des beiges froids tirant vers le sable. Quelques touches de bleu acier viennent néanmoins relever l’ensemble. Ces couleurs rappellent évidemment les matières brutes des éléments dans lesquels l’homme évolue : béton, métal, pierre.

    La collection SSSTEIN s’inscrit donc pleinement dans l’air du temps et accompagne la mode masculine qui cherche à concilier protection, élégance et modernité au sein d’un vestiaire fonctionnel et intellectuel.